Certes, les combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont repris des offensives. Mais lorsque le ministre turc de la Justice, Bekir Bozdag, annonce une prolongation de trois mois de l’état d’urgence, il ne fait qu’une furtive allusion au PKK et concentre ses critiques contre le Fetö (nom officiel désormais du mouvement terroriste güleniste). Il dément que les prisons soient des lieux d’actes de torture et indique que 1 500 fonctionnaires de l’administration judiciaire sont suspendus ou révoqués. On se demande comment et par qui, et même s’ils ont été remplacés. La justice fera le tri entre le bon grain et l’ivraie, a-t-il assuré.

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Pétition internationale

Si le tri est en cours, la justice prend tout son temps. Il est vrai qu’elle a été aussi très largement purgée. Parmi les plus de 6 000 personnes arrêtées, on compte presque autant de juges que de militaires. Enseignants et journalistes ont été aussi très nombreux à être arrêtés ou privés d’emploi comme des milliers de fonctionnaires. Il faut bien sûr compter les industriels, financiers, commerçants de grandes entreprises dont les biens sont saisis, les conjoints surveillés, &c. Aussi, une #pétition a été lancée par des personnalités internationales qui se veulent conciliantes : « il est compréhensible que le gouvernement ait imposé un état d’urgence temporaire. ». Mais il a servi de prétexte à emprisonner « des fervents défenseurs de la démocratie et des opposants au militarisme et aux tyrannies de toutes sortes ».

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Les pétitionnaires citent en particulier des journalistes et écrivains, comme Sahin Alpay, Nazli Ilicak, Asli Erdogan, les frères Ahmet et Mehmet Atan. Pour ces deux derniers, l’accusation se fonde sur de présumés « messages subliminaux visant à rallier les supporters du coup d’État ». Rien d’aussi cryptique que les « Dédé peigne la girafe » d’une Radio Londres communiquant avec la Résistance française, mais tout est question d’interprétation… à sens unique. Les signataires turcs sont à l’étranger, les non-turcs sont universitaires, éditeurs, écrivains ou cinéastes, dont Margaret Atwood, Étienne Balibar, Patrick Boucheron, Olivier Bouquet, Noam Chomsky, Stephen Frears, Michael Ondaatje, Daniel Rondeau, Salman Rushdie, Tom Stoppard, Günter Wallraff, pour n’en citer que quelques-uns. Russes, Iraniens ou Chinois sont plutôt… rares (c’est une litote).

Propagande continue

L’agence de notation Moody a baissé la note du pays, mais tout va très bien. Il manque des professeurs, des enseignants, des fonctionnaires, mais le ministre de la Jeunesse et des Sports répète qu’hommes et femmes ne sont pas égaux sur tous les plans.

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D’ailleurs, la maternité est un honneur suprême, comme le répète à l’envie le président Erdogan. La presse ne relaye plus aucune critique étrangère mais monte en épingle toute déclaration convenue d’un officiel étranger se félicitant de bonnes relations avec la Turquie. On salue le retour aux traditions, comme celle de l’enterrement traditionnel de la vie de jeune fille (en présence des mères, tantes, cousines, &c., avec parures, tatouages au henné rouge et ceinture écarlate comme le sang virginal). Les défilés de mode islamique (seuls visage et mains sont découverts) font recette. L’AKP, le parti présidentiel, cisèle des formules fleuries que la propagande maoïste aurait pu envier. Genre « le règne du sultan Abdulhamid II est tel le compas du marin pour nous guider et illuminer l’avenir ». Ce sultan (†1909) fut le boucher des Balkans et en particulier de la Bulgarie mais aussi le massacreur des chrétiens arméniens (une centaine de milliers, islamisés de force, autant de femmes expédiées aux harems, survivront) entre 1892 et 1894. Ce fut la générale avant le génocide que ses successeurs, les Jeunes-Turcs, allaient mener en compagnie des Kurdes. C’est en son nom et celui de la charia que la contre-révolution, déstabilisera le gouvernement des Jeunes-Turcs qui finira par le destituer. L'avenir est radieux... #Turquie