L’inspirateur du Fetö (organisation terroriste fethullahiste, selon la terminologie turque officielle) reste en exil. Istanbul n’a pas obtenu de Washington son extradition. Si sa responsabilité directe dans le coup d’État n’est pas prouvée, des militaires putschistes, issus des écoles de son mouvement, ayant obtenu avant les épreuves les questions leur permettant d’intégrer des écoles d’officiers, le chargent à la plus grande satisfaction des juges remplaçant les magistrats arrêtés ou révoqués. Faute de s’en prendre à lui, le pouvoir du sultan Erdogan s’en prend à sa famille restée en #Turquie. Deux de ses neveux ont été arrêtés en juillet, puis en août, et à présent, deux mois et demi après le coup avorté du 15 juillet dernier, son frère, Kutbettin a été interpellé à Izmir.

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Il est membre d’une organisation terroriste puisque des livres de ou appartenant à son frère ont été trouvés à son domicile.

Réforme constitutionnelle

L’AKP et Erdogan insistent, dès la réouverture du parlement, samedi, sur l’indispensable réforme constitutionnelle devant mener à un pouvoir totalement présidentiel. Le peuple le veut, l’exige, assène Erdogan en rappelant l’immense manifestation nationaliste unitaire du 7 août dernier. L’État d’urgence sera prolongé de trois mois (à partir de demain, lundi) et les purges se poursuivent. Si l’arrestation de Kutbettin Gülen est symbolique, la saisie d’une compagnie de meubles à Izmir et de ses usines (600 employés au total) rapportera davantage aux alliés ou partisans déclarés d’Erdogan. Le dirigeant est sous le coup d’un mandat d’arrêt, ses trois frères sont déclarés en fuite.

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Les arrestations ou accusations sont assorties de la privation des biens, du blocage des comptes bancaires, &c. Les interpellations, révocations, mises à pied s’accompagnent de la privation du passeport des intéressés, voire de celui de leur conjoint. Les purges se poursuivent, mais seuls les cas spectaculaires sont désormais relatés par la presse. Depuis le précédent coup militaire, celui du 12 septembre 1980, les disparitions de prisonniers, transférés dans d’autres geôles inconnues de leurs proches, présumés éliminés, sont courantes. De plus de 600 semaines, des manifestants étalent ou portent les portraits de centaines de disparus sur une place d’Istanbul. Leur nombre s’est accru depuis juillet dernier.

Sombre jurisprudence

L’AKP glorifie le dernier sultan turc, qui fit tuer des milliers d’Arméniens quelques années avant le génocide appuyé par ses successeurs, les Jeunes-Turcs, et se montrait un musulman fervent fidèle à la charia. Il semble qu’elle guide les actuels magistrats. L’affaire d’une révision des lois sur les crimes sexuels dont les victimes sont des mineurs avait tourné, sous la pression internationale, à une mascarade.

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La haute cour était revenue sur ses décisions. Mais comme la loi rectificative n’est pas promulguée, un homme de 73 ans, qui avait abusé d’un employé de 12 ans (le travail des enfants reste généralisé en Turquie), vient d’être libéré. Il avait été condamné à 16 ans et dix mois de détention, reste sous contrôle judiciaire, mais il est libre car il pourrait soutenir que l’interner reviendrait à violer ses droits. Désormais, le Fetö, Daesh, le PKK mais aussi les YPG (unités de protection des kurdes syriens, soutenues par les États-Unis) sont mis dans le même sac des « organisations terroristes ». Et qui dit terroristes et État d'urgence permet des mesures discrétionnaires. #Constitution