Je sais, cela semble ahurissant. Près de 72 heures (ou davantage, je ne sais plus) pour, en France, publier les résultats définitifs de la primaire ouverte de la droite et du centre. Aux États-Unis, c’est pire. Le décompte des voix s’étant portés sur #Hillary Clinton, #Donald Trump, et les nombreux autres candidats indépendants, n’est toujours pas, ce 24 novembre, achevé. On prévoyait que Donald Trump pouvait compter jusqu’à 306 grands électeurs. Pour le moment, ce serait 290, soit 20 de plus qu'il n'en faut pour le déclarer President elect. Mais pour le vote populaire, c’est comme prévu, Hillary Clinton en tête, avec +1,5%, soit déjà plus de deux millions de suffrages. Cela ne s’était pas observé depuis 1876 (en moindres proportions) mais Al Gore, démocrate, avait perdu face à George W. Bush alors qu’il avait, en 2000, recueilli plus d’un demi-million de voix que son concurrent finalement porté à la Maison Blanche.

En trois États pivots

Trois États pivots (swing states), dont les résultats ont été serrés, Pennsylvanie, Wisconsin et Michigan, pourraient être forcés à se livrer à un recomptage. En jeu, pas moins de 46 grands électeurs. Car il est suspecté que les votes électroniques auraient pu être piratés (par la Russie ?). Au moins, en France, on ne peut suspecter que les services de Vladimir Poutine aient favorisé leur quasi-stipendié, François Fillon. Encore que… Mais non, le Kremlin mise davantage sur Marine Le Pen (et finance le Front national par le biais de prêts à taux d’ami). Divers instituts universitaires, dont celui de l’université du Michigan, demandent un audit complet. Par ailleurs, six grands électeurs désignés par les républicains de leurs États respectifs se sont déclarés prêts à ne pas se prononcer pour Donald Trump. Ils risquent, selon la législation de leurs États, une amende très abordable. 290 moins six, cela reste insuffisant pour arriver aux 270 qui garantissent l’élection. Oui, mais si un recomptage en accorde une trentaine à Hillary Clinton, Donald Trump peut dire adieu à la Maison Blanche.

Politique du pire

Les démocrates auront-ils le cran de tenter le tout pour le tout ? Soit de porter, si c’est envisageable, Hillary Clinton au Bureau ovale, alors qu’ils n’ont ni la majorité au sénat ni à la chambre des représentants. Le pari est très risqué. Mieux vaut prévoir l’avenir, laisser Donald Trump, au programme inapplicable, décevoir ses électeurs, ou tenter de l’appliquer partiellement, et se planter. Car s’il veut expulser des travailleurs clandestins en nombres massifs, qu’il commence donc par ceux qu’il emploie lui-même. La presse ne lui passera rien. Les républicains sauront entamer une procédure de révocation (impeachment) dès le premier faux pas. Et les occasions seront légion. Laisser Donald Trump s’enferrer aurait, pour les démocrates, des vertus pédagogiques. Ce n’est pas tout à fait la politique du pire puisque, en capitaliste avisé, Donald Trump saura aller tout juste un tout petit peu trop loin, sans risquer de trop lourdes retombées financières. The show must go on. Démis, mais pouvant par la suite continuer à assurer le spectacle, ce serait tout bon pour The Donald, tout autant que pour l’establishment dont il fait partie et qu’il conspue publiquement, pour la galerie, pour ses plus ras-du-front partisans qui lui resteront fidèles, formant l’audience assurant des pages de publicité. Cela reste d’ailleurs une option pour Marine Le Pen, qui après un passage à l’Élysée, sans majorité parlementaire, pourrait rejoindre Roselyne Bachelot-Narquin sur telle ou telle radio ou chaîne privée. Le regretté Jean Yanne le mettait en scène, tout cela était préfiguré dans ses films, Chobizenenesse et Moi y’en a vouloir des sous.