Le monde a donc assisté hier, après une campagne d'une violence rare, pour ne pas dire une campagne ordurière, à un séisme politique d'une ampleur inédite : l'accession à la Maison Blanche du milliardaire Donald Trump, donné largement battu dans l'écrasante majorité des sondages, au nez et à la barbe d'#Hillary Clinton.

Le magnat de l'immobilier a, avant d'atteindre son Graal, éliminé pas moins de 16 candidats à l'investiture républicaine et, au bout du compte, a battu une ancienne secrétaire d'Etat, issue du sérail et pourtant soutenue par des médias unanimes comme jamais, l'administration sortante, les milieux de la finance et les people. Tous étaient effrayés par la perspective de la victoire d'un novice totalement imprévisible et dopé à la provocation, tous ont déchanté au bout d'une nuit déjà passée à la postérité. A la candidate de l'establishment, objet de vives interrogations quant à son état de santé, empêtrée dans la fameuse affaire des e-mails et par-dessus tout incapable d'améliorer son capital sympathie, une majorité d'électeurs américains a préféré un businessman accompli, un profane en politique tel Ronald Reagan avant lui, un véritable OVNI aux idées floues qui a joué à fond la partition de l'homme en colère face à la déliquescence de l'Amérique.

Donald Trump a bénéficié à l'évidence d'une conjoncture favorable, celle d'un monde de plus en plus populiste, davantage décomplexé et plus enclin que jamais à évincer les élites. Son discours général, assaisonné de violentes diatribes et si peu conformiste, n'a pas permis de lever le voile sur ses intentions profondes, mais avoir dit tout et son contraire, pour schématiser, ne lui aura même pas nui. La force du futur homme le plus puissante du monde est en fait d'avoir saisi, mieux que tous les autres prétendants à l'investiture suprême, le vif ressentiment d'une Amérique qui se cherche.

Donald Trump s'est attiré les bonnes grâces de l'Amérique profonde

Le choix de son slogan, "Make America great again", témoigne a posteriori de la justesse de son diagnostic. Fort de ce constat d'exaspération latente, #Donald Trump a sorti l'artillerie lourde pour s'attirer les bonnes grâces de l'Amérique profonde, caressée dans le sens du poil moyennant force promesses fracassantes, pharaoniques et finalement électrisantes. Conscient du désir des oubliés de la croissance de sanctionner la résignation face à la perte de leadership américain associée dans leurs esprits au camp démocrate, et peut-être conforté dans ses prises de position très tranchées par le fait qu'aucun camp n'a effectué plus de deux mandats consécutifs depuis Franklin Roosevelt, le milliardaire a mis toute son énergie au service des sans-grades. Il a incarné la valeur refuge, l'Américain bon teint pour des millions d'ouvriers blancs dont les salaires plafonnent, pour tous ces rednecks qui se sentent plus puissants un revolver accroché à la ceinture, en dénonçant en particulier la corruption d'élites jugées indifférentes, son antienne favorite.

Plus généralement, Donald Trump a su appuyer sur les ressorts, les fondements de l'Oncle Sam, un pays qui aspire à continuer à dominer un monde de plus en plus mondialisé. Un pays désireux de renouer avec un passé jugé glorieux et, pour ce faire, avide de retrouver ses valeurs conservatrices. Un pays excédé, où les inégalités se sont nettement creusées, et qui s'est identifié à cet entrepreneur réputé et aux succès avérés (malgré quelques banqueroutes), par ailleurs star de la télévision, deux atouts de poids pour quiconque croit ou veut encore croire au rêve américain. Un pays finalement plus puritain que progressiste, mais paradoxalement assez aventureux pour porter au pouvoir un être bien insaisissable. Quant à Hillary Clinton, elle a peut-être perdu de vue que la Californie et New York ne sont pas représentatifs des #Etats-Unis. Elle a ce faisant ouvert une brèche dans laquelle le donné perdant aura eu l'intelligence de s'engouffrer.