L'élection de Donald Trump n'est pas un épiphénomène. Ce n'est pas non plus une erreur, ni un coup de colère provisoire du peuple américain. Tout comme le Brexit anglais ou les scores de plus en plus importants des partis nationalistes dans les pays européens, il signifie le divorce profond qui traverse l'ensemble des pays occidentaux, entre les bénéficiaires du "système universaliste" et ceux qui le subissent.

Un système boomerang

Qu'est-ce que j'appelle le système universaliste ? C'est une vision des sociétés modernes fondée sur une philosophie de l'Homme (dans une conception générale et abstraite, et limitée à son immanence).

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En d'autres termes, l'Homme dont il s'agit n'est pas un individu précis. Son existence s'inscrit dans le cadre de la vie substantielle. Il est défini par des droits et son identité se limite à ce que lui propose la société hors de laquelle il n'est plus rien. Cette définition est au-dessus des clivages politiques. Gauche et droite déclinent la même rhétorique, mais avec des arguments superficiellement contradictoires. Or, cette définition est un boomerang. Elle donne en même temps la clé d'entrée dans la société pour y trouver sa place et elle discrimine ceux qui entendent suivre une autre voie et ceux qui sortent du système parce qu'ils n'ont pas su ou pu s'y adapter. Parmi les mots-clés liés au système, celui de liberté arrive dans les tout-premiers. Or, cette liberté n'inclut pas celle de ne pas accepter le système.

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Elle se fonde uniquement sur les choix dits "rationnels" qui s'offrent aux "citoyens", de manière indépassable. Le droit de vote n'inclut pas de voter pour n'importe qui. Le droit d'expression ne vaut que dans l'encadrement du politiquement correct. #Donald Trump, au discours si peu politiquement correct, insupporte les médias et la classe politique.

En dehors du système, point de salut

Mais le système est imparfait parce qu'il n'inclut pas tout le monde. Ceux qui en sont les bénéficiaires (élites, classes supérieures, classes moyennes hautes...) adhèrent comme un seul homme à tous les stéréotypes véhiculés (comment doit-on vivre, ce qu'il faut aimer, les engagements humanitaires, l'identité par le consumérisme...) Ils en sont évidemment les meilleurs défenseurs. L'idée de l'Homme en général inclut la fin des particularismes locaux, voire nationaux. Que l'on soit de gauche (où l'immigration est défendue au regard de la philosophie de l'Homme) ou de droite (pour qui l'immigration est de la main d'œuvre), tout le monde est d'accord.

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Sauf que les régions, les villages, les identités locales, la vie quotidienne, les problèmes pour trouver du travail, pour s'en sortir, l'incapacité d'accéder aux illusions d'une société d'apparence, sont une face immergée considérable. Les hommes et les femmes qui ne se retrouvent pas dans les archétypes d'une société qui impose sa vision manichéenne de l'existence sont marginalisés. On ne veut pas entendre leurs revendications. Ceux qui portent leur parole sont des populistes, voire des extrémistes. Nous n'avons cessé d'entendre ces propos dans les médias américains pour déligitimer la popularité de Donald Trump

D'élections en élections (comme en France avec le Front National), le vote de plus en plus massif de tous ceux qui ne trouvent pas leur compte chamboule le système. Or, au lieu de prendre en compte ces éléments majeurs, la société veut s'en protéger en montrant du doigt les "mal pensants", en raillant les programmes politiques "ridicules", "irréalistes" (Brexit inclus)... On parle alors de défense des valeurs... sans jamais les incarner. Mais la réalité rattrape toujours les illusions. Le vote des contestataires est tellement massif qu'il en devient majoritaire, et Donald Trump est désormais élu. Il faut donc bien trouver les mots justes : Le système politique et dogmatique actuel, quasiment rendu universel dans les pays occidentaux, tend à imploser par sa profonde inadéquation entre les objectifs affichés et la réalité de la vie quotidienne des peuples. #Élections #Etats-Unis