Comment aurais-je donc rédigé ce qui suit quand j’étais, circa 1970, stagiaire à la Vigie marocaine en la bonne ville de Fès, « capitale culturelle, historique et religieuse » de Sa Majesté Hassan II, Commandeur des croyants ? Tout d’abord, je n’aurais pas eu en main le même communiqué de la DGSN (Dir. gén. de la Sûreté nat.). L’actuel fait état « de fausses informations relayées par les réseaux sociaux ». Je n’aurais eu que le début, mais surtout pas la suite « prétendant qu’un policier a réclamé une somme d’argent au conducteur d’un véhicule chargé de poissons alors qu’un responsable sécuritaire a sommé le conducteur d’un camion de ramassage d’ordures de faire marcher la benne-tasseuse, ce qui a causé la mort du poissonnier ».

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Même pour démentir, à l’époque, laisser entendre qu’un policier de Sa Majesté aurait pu, même sur un malentendu, être soupçonné de corruption était inenvisageable. Son actuelle Majesté alaouite, qui tente de remémorer son grand-père Sidi Mohammed (devenu Mohammed V) et le Makhzen ont laissé passer. Je peux donc reprendre « aurait réclamé une somme » et « le conducteur a démenti tout chantage de la part des policiers ». Or donc, depuis, ont été déférées 11 personnes pour faux en écritures et homicide involontaire. Dont deux fonctionnaires de l’Intérieur, deux autres de la pêche maritime, et le médecin-chef de la médecine vétérinaire. Pourquoi ce dernier ? Pour n’avoir pas détecté d’espadon dans le lot des pêcheurs ayant vendu le poisson ? Pas versé assez vite de commission à qui de droit ? Mais justice passera.

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J’allais écrire : « Encore une généreuse initiative de Sa Majesté » (un tic qui m’est resté). Je précise que la supputation sur l’attitude du médecin-chef n’est inspirée que par les réminiscences de jadis ou antan et non de naguère car mes récents séjours à Tanger, Tetouan, Fès et Meknès m’ont fait mesurer les immenses progrès apportés au #Maroc par Sa Majesté Mohammed VI.

Pas de reprise du 20 février 2011

Resituons le contexte des récentes manifestations à la suite du décès du poissonnier. Le Mouvement du 20 février 2011 n’a pas connu de réplique. Des milliers de personnes ont suivi les funérailles du « martyr Mouhcine » (le poissonnier) jusqu’à Imzouren. De février à mi-mai 2011, les manifestations et les mobilisations sont incessantes. On comptera une trentaine de morts. Une nouvelle constitution sera adoptée début juillet ; depuis les législatives de novembre 2011 et les plus récentes, la cohabitation avec un gouvernement composite (des ministres nommés par le roi, d’autres issus de la majorité islamique) a apaisé la situation.

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Pour des affaires de mœurs, diverses mobilisations sont intervenues depuis, sans que cela s’amplifie. Mouhcine Fikri restera un temps dans les mémoires, le procès sera hâté, les condamnés bénéficieront par la suite de mesures plus ou moins clémentes en fonction de leurs relations, et il faudra attendre un nouvel événement pour que la presse internationale répercute de nouveau l’hypothèse d’une crise de régime. Point à la ligne (métaphore) : nous pouvons de nouveau nous pencher sur le chanteur #Saad Lamjarred, écroué pour viol depuis mercredi en France, qui aura pour défenseur Me Dupont-Moretti, dont les honoraires seront réglés par le roi : « Encore une généreuse initiative de Sa Majesté Mohammed VI ! ». Point final. Encore que... Plus important : S.A.R. #Lalla Salma a assisté, hier à Paris, au Congrès mondial contre le cancer. Voyez la presse marocaine francophone pour mesurer mon appréciation de l'importance de l'événement et comparer utilement le traitement de ces divers éléments. Il n'y a vraiment qu'une presse étrangère tendancieuse pour manipuler la hiérarchie de l'information portant sur le Maroc. La presse marocaine sait distinguer l'essentiel de l'accessoire. L'essentiel est que le PJD au pouvoir a demandé à ses militants de se tenir à l'écart des récentes manifestations après une mort dont la presse marocaine s'interroge : « accident ou suicide ? ».