Extrait tiré d’un site français trumpiste en diable : ‘’hormis les ‘beaux esprits’ de la caste américaine, comment le peuple américain ne serait-il pas soulevé d’enthousiasme ?’’. Ces sites, parce que Donald Trump a bouté CNN hors de ses conférences de presse, ont assimilé cette chaîne à toutes celles que les trumpistes français honnissent, à toute la #Presse française ‘’bien-pensante’’ qui les écœure. Mettons à leurs fidèles du baume au cœur. Avec un exemple patent. Presque toute la presse internationale et celle des grandes villes nord-américaines (Canada inclus) ont fait grand cas de la #Marche des femmes. Plus de 3,2 millions de femmes dans la rue, de l’Australie à la Norvège, ce n’est pas similaire à un train entrant en gare à l’heure.

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Aux États-Unis, ce fut la plus forte mobilisation depuis des décennies… Mais, comme le relève Christina Cauterucci, de Slate, le site Newseum, qui publie chaque jour près de 900 premières pages de quotidiens, de langue anglaise ou espagnole, publiés de la côte est à l’ouest des États-Unis, révèle à quel point de très nombreux titres ont fait vraiment peu de cas de cette marche impressionnante. Cela se conçoit : pour un quotidien local ou régional couvrant une zone de diffusion où les marches furent au mieux symboliques, priorité aux événements du cru. Mais Quartz Media s’est penché sur 450 de ces pages une de quotidiens quelque peu plus significatifs. Il en résulte que, pour les éditions dominicales, 22% n’ont même pas fait figurer une accroche renvoyant aux pages intérieures. 97 ont superbement ignoré l’événement, 122 (27 %) l’ont juste signalé en bas de page.

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Tous les quotidiens des grandes villes, ainsi que la plupart de ceux des capitales mondiales, ont placé l’info au-dessus de la pliure, publiant le plus souvent aussi une photo. La tête de page une, pour la Green Bay Press (Green Bay, hors district, compte 105 000 h, ce qui en ferait une ville moyenne en France), a été consacré aux maux de tête d’un adolescent. Il y eut une marche de 200 femmes à Green Bay, pourtant. Quartz Media relève aussi par ailleurs que l’Environmental Protection Agency, depuis lundi, ne peut plus communiquer directement avec la presse ou quiconque, ni même communiquer du tout. Ce qui est tu n’existe tout simplement plus. Escamoter la Marche des femmes, pour la presse étasunienne, c’est un peu comme si une cocardière presse française n’aurait jamais fait état du Plan Marshall… L’aide américaine parvient, mais on n’en connaît pas l’origine (un peu comme actuellement, l’aide européenne en Corse, par exemple). Donc, un cinquième de la presse écrite étasunienne a préféré ne pas ennuyer son lectorat avec un non-événement.

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Recoupement électoral ?

Un médialogue se penchera un jour sur le sujet et recoupera les zones de diffusion de ces titres avec le vote pour #Donald Trump. Pour une majorité de ses électeurs, ce qu’il énonce est parole évangélique, ce qu’il tait n’a pas la moindre importance. Cela vaut tout autant de ce côté de l’Atlantique. Une Marche des femmes de mille participant-es à Dover (capitale de l’État), d’autres moins importantes ailleurs, n’a pas intéressé le Delaware State News. Le Delaware a pourtant voté Clinton à 53,4%, mais cette majorité lit surtout le Wilmington News Journal (lié à USA Today). Il n’y a pas — ou plus — que Breitbart ou Fox News, soutiens de Trump, à avoir compris ce à qu'attend le ministère de la Vérité à Washington. Supputer ce que les censeurs pourraient désirer est-il devenu la fonction majeure des rédactions en chef en Trumpland ? Certaines tergiversent, comme au News-Star, centrant sur quelques femmes (large photo) écoutant Trump prêter serment (avec ce titre ‘’Trump Ready!’’) jouxtant cet autre titre, ‘’Trump suscite protestations et réjouissances’’. D’autres, comme au Hunstville Times (Ala.), ont reçu cinq sur cinq ce qu’on attend d’eux : Trump, Trump, Trump… Faire alternatif. Avec une photo de l’avant-veille en page une (et quand même une furtive allusion aux manifestations).