Le mensuel Dabiq (nº 15, daté juillet dernier), l’avait proclamé : ‘’la vraie religion de Jésus-Christ, c’est l’islam’’. La revendication de la tuerie dans la boîte de nuit Reina d’Istanbul le confirme : ‘’un soldat héroïque du califat a frappé [là] où les chrétiens célébraient leur fête d’apostats’’. Le ‘’soldat’’ en question serait, selon la presse turque, qui diffuse une photo floue d’un jeune homme d’environ 25 ans obtenue de source policière, un citoyen de l’ex-Urss. Soit un Ouzbek, soit un Kirghiz. Mais la police turque n’exclut pas non plus qu’il puisse être un Chinois… Musulman ‘’de naissance’’ (comme si on pouvait l’être) ou converti ? Peu importe.

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Tout individu qui n’adhère pas aux thèses de #Daesh, qu’il soit ou non sunnite ‘’dévoyé’’, mérite la mort, promise par le ‘’frère musulman’’ Jésus-Christ et tous les prophètes ayant reçu l’imprimatur de Daesh… Ce qui, d’ailleurs, ne manque pas de fondement. Car le personnage énigmatique de Jésus, fiction composite ou personnage unique ayant réellement existé, et les divers propos lui ou leur ayant été prêtés, peuvent autoriser cette interprétation (parmi tant d’autres).

Nicolaïsme contre ‘vraie’ foi

Pour tenter de comprendre la propagande de Daesh, il faut se reporter tant au précepte fondamental de l’islam (Mahomet est l’ultime prophète avant le mahdi, ou sauveur, ou résurrecteur, qui sera son descendant par le sang) qu’à la chaotique genèse du (ou des) christianisme(s).

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L’essai Le Royaume, de l’érudit écrivain Emmanuel Carrère, est tout à fait éclairant sur les conflits ayant opposé le nicolaïsme (doctrine de l’autoproclamé apôtre Paul) aux dogmes de ses divers concurrents (Pierre, Jacques et autres). Le nicolaïsme, arrangé par l’évangile de Luc pour se concilier les pouvoirs romains, diffère de celui de Marc (le plus antérieur) qui campe un Jésus très proche de celui que fabrique Daesh. En se livrant à diverses contorsions tout à fait logiquement acceptables (puisque l’illogisme initial est un fondement indiscuté et indiscutable), le califat peut très bien se réclamer du personnage Jésus pour justifier tout massacre visant à faire revenir les apostats dans la vraie voie, celle du ‘’glaive’’. Lequel doit foudroyer ‘’Constantinople et Rome’’ (voire aussi Qom), selon l’éditorial de Dabiq.

Protectrice de la croix

Le communiqué revendiquant l’#Attentat désigne la #Turquie ‘’protectrice de la croix’’, symbole fétichiste fallacieux pour Daesh qui proclame que ‘’son’’ Jésus n’a pas plus été crucifié qu’il ne ressuscitât (l’évangile de Marc réfutant la première proposition mais autorisant la seconde assertion).

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Quand la Turquie d’Erdogan favorisait les opérations de Daesh, commerçait avec le califat, facilitait son recrutement, il n’en était pas question. Désormais, alors que l’aviation turque a répliqué à l’attentat en effectuant divers raids contre les positions du califat (près d’al-Bab en particulier) et que la police turque, trois jours avant l’attentat, avait incarcéré 63 suspects, l’islamisme d’Erdogan allié de l’orthodoxie de Vladimir Poutine, mérite l’apocalypse avant l’heure. Ainsi vont les enseignements doctrinaux religieux des trois monothéismes principaux, au gré des circonstances. Les amis d’hier (le mouvement Gülen, ex-allié de l’AKP d’Erdogan est devenu le Fetö terroriste) deviennent les ennemis du moment, les adversaires d’antan redeviennent, en un touchant œcuménisme, les compagnons de route du présent. 2017 ne verra sans doute pas la réhabilitation d’Al-Qaida au nom d’intérêts de l’Arabie et des Émirats mais on peut compter sur divers imams pour la justifier au besoin. Après tout, le très chrétien général libanais Michel Aoun est bien devenu le président adoubé par le chiite Hezbollah. Avec la bénédiction du maronite patriarche d’Antioche, cardinal doyen de l’église apostolique romaine par la grâce de Benoît XVI et père synodal par celle de François ?