Jusqu'où l'appât du gain peut-il aller ? C'est la question qui vient à l'esprit en évoquant le nouveau projet de l'industriel franco-suisse du ciment, Lafarge, qui avait déjà fait parler de lui après sa décision de maintenir une unité de production en Syrie malgré l'invasion djihadiste et en négociant le maintien de la production avec les terroristes. Cette fois-ci, l'industriel souhaite participer à la construction du mur titanesque promis par Trump à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, en fournissant le ciment nécessaire à ce projet. Le plan américain de rénovation des infrastructures pourrait coûter jusqu'à 1000 milliards d'euros aux autorités, dont une part pourrait s'ajouter au chiffre d'affaires de l'entreprise. Cette nouvelle ambition du cimentier a provoqué une levée de boucliers au gouvernement comme dans le reste de la gauche française. Même Emmanuel Macron a réagi.

L'Etat appelle Lafarge à la plus grande prudence

#François Hollande a appelé l'industriel à la prudence dans ce type de marché. Pour sa part, notre chef de la diplomatie, Jean-Marc Ayrault, a rappelé au groupe ses responsabilités. " On est dans un Etat où les entreprises ont leurs propres responsabilités, l'Etat les siennes, (...) mais il faut que cette entreprise réfléchisse bien ", a déclaré le ministre des Affaires étrangères. Après les récentes révélations sur l'argent fourni par le groupe aux djihadistes en Syrie pour qu'il puisse maintenir la production de son usine, le gouvernement français ne veut pas d'une nouvelle affaire qui entache la réputation de cette entreprise, et de la France par la même occasion. De plus, ce serait aussi contrevenir à la politique du président français, qui appelle à ne pas multiplier les murs. Ces avertissements provenant du sommet de l'Etat ont fait réagir les Américains républicains de France ainsi que le groupe Lafarge, qui s'est justifié à sa manière.

Explications

L'une des membres de Republicans Overseas France, un groupe de soutien au parti républicain américain en France, a immédiatement condamné les propos de François Hollande, qui s'apparentent à des menaces : " Je trouve que c'est dommage que François Hollande continue de militer pour tuer le dernier fleuron industriel français, comme Lafarge." Le cimentier franco-suisse s'est justifié en niant toute implication politique, et en précisant que ses activités aux Etats-Unis n'étaient pas motivées par des menaces de Trump, comme pour les entreprises américaines qui avaient délocalisé et qui ont dû être rapatriées sur le sol américain : " Elles se sont trouvées en difficulté parce qu'elles avaient bénéficié de cette subvention, ce n'est pas le cas de Lafarge. Sur le plan strictement juridique, la déclaration n'a pas d'effet. Elle a pour objet une menace, une prise de position."

Le lobby industriel a vertement répondu au gouvernement qu'il ne pouvait condamner les activités entreprises à l'extérieur de son sol au nom de la séparation des pouvoirs. En effet, l'exécutif ne peut pas interférer pour que le judiciaire accélère des procédures contre une entreprise qui ne respecte pas une certaine éthique. Tout au plus le gouvernement peut-il commenter le contexte économique qui l'entoure, mais il ne pourra jamais décider par lui-même de sanctions contre les industriels.