WikiLeaks, encore une fois, vient de mettre son nez dans les affaires américaines. Sur son compte Twitter, l'organisation non gouvernementale a publié, le 10 avril, une note de la CIA qui montre que dès 1986 l'agence de renseignement avait envisagé des scénarios prévoyant la chute du gouvernement de Hafez el-Assad, le père de l'actuel président syrien, Bachar el-Assad. La note fait état d'une possible guerre confessionnelle entre les sunnites, majoritaires en #Syrie, et les alaouites, une branche de l'islam au pouvoir depuis le coup d'État du clan Assad en 1970. Pour la CIA, les décennies se suivent et se ressemblent. Comme aujourd'hui, Langley croyait à l'époque qu'une révolte populaire suivie d'un renversement du régime représentait une occasion en or pour les intérêts américains au Proche Orient.

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Cette révolte devait être au préalable déclenchée par la faction sunnite, une répétition de la pièce théâtrale qui se jouait alors en Afghanistan avec les moudjahidines. Puis une répression massive du pouvoir, sur le modèle de celle qui entraîna la quasi-extermination des Frères musulmans en Syrie en 1982, devait encourager «un grand nombre d'officiers et de conscrits sunnites à déserter ou à se mutiner, ouvrant la voie à une guerre civile» et à un possible renversement du régime. Or, un régime tout neuf, démocratique ou non, mais dirigé par des sunnites, intéressait vivement Washington, qui avait maille à partir avec l'Iran chiite. Faisant figure de prophète, la CIA avait par contre prévenu qu'une guerre civile en Syrie risquait d'«accentuer l'attractivité du pays comme base pour le terrorisme».

Bush veut le renversement d'Assad

Roland Dumas, ex-ministre français des Affaires étrangères sous le règne de François Mitterrand, a déclaré que la Grande-Bretagne avait prévu une opération clandestine en Syrie en 2009.

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Selon Dumas, dont l'information provenait d'officiels du gouvernement britannique, la Grande-Bretagne s'était préparée à envoyer des militaires en territoire syrien afin d'y fomenter un soulèvement. Mais dans cette aventure à fort relent de géopolitique, ce sont surtout les États-Unis qui ont voulu la tête d'Assad. Car la Syrie, comme l'Irak, était sur la «hit list» de George W. Bush. WikiLeaks a révélé que le Département d'État avait financé dans le secret des groupes d'opposition syriens depuis au moins cinq ans avant les soulèvements de 2011. Dès 2006 donc, le cabinet Bush travaillait à la déstabilisation du régime Assad. L'ambassade des États-Unis à Damas avait remis six millions de dollars à un groupe d'exilés syriens à Londres connu sous le nom de Mouvement pour la justice et le développement. Le groupe possédait même une station de télévision dans la capitale anglaise, Barada TV, laquelle diffusait de la propagande en Syrie.

William Roebuck, à l'époque chargé d'affaires à l'ambassade américaine à Damas, avait par ailleurs recommandé que Washington travaille de concert avec l'Arabie saoudite pour développer des tensions sectaires en Syrie et soutienne le Front de salut national d'Abdul Halim Khaddam, qui venait de créer un gouvernement en exil appuyé par les Saoudiens et les Frères musulmans.

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Après l'arrivée de Barack Obama à Washington, l'aide financière et logistique à l'opposition syrienne ne s'est pas tarie. La société Stratfor, spécialisée dans le renseignement, avait fait couler des notes d'une réunion rassemblant des responsables du Pentagone, lesquelles notes montraient qu'à partir de 2011 les Américains étaient déjà bien engagés dans la formation et l'entraînement des forces de l'opposition syrienne. L'objectif était clair : causer l'effondrement du régime Assad. Et l'argent, comme autrefois avec Bush, coula à flots pour les anti-Assad.

L'alliance de la Syrie et des Etats-Unis contre le terrorisme

La Syrie avait pourtant été d'une aide précieuse pour les États-Unis dans sa lutte contre le terrorisme au lendemain du 11-Septembre. Non seulement le régime avait fourni des renseignements sur des plans d'attaques d'Al-Qaïda, mais il s'était aussi proposé pour effectuer le «sale boulot» que la CIA n'était pas habilitée à faire : interroger des suspects d'Al-Qaïda sous torture. Un sale boulot en effet, et qu'il avait accompli à la perfection. Une question s'impose : les États-Unis vont-ils s'acharner sur Assad, ou vont-ils préférer se concentrer sur l'État islamique, surtout depuis que l'on sait qu'Abou Bakr al-Baghdadi s'est réfugié en Syrie? À voir. #Conflit #Etats-Unis