Le chocolat... cette petite gourmandise dont on raffole tous. Qu'il est agréable de se délecter d'un morceau, le soir, devant sa télévision... Les Européens, principaux consommateurs de chocolat au monde, mangent en moyenne 7 kg de chocolat par personne et par an. En deuxième position viennent les Américains, avec une consommation de presque 6 kg. En bref, le chocolat est un plaisir certain pour nos sociétés occidentales. Oui. Mais il est bien possible que le chocolat n'ait pas d'amer que son goût. Derrière un marché ô combien fructueux se cache des conditions d'exploitation exécrables. Zoom sur l'El Dorado du #Cacao, la #Côte d'Ivoire.

L'importance de l'exploitation du cacao dans l'économie du pays

En Côte d'Ivoire, l'exploitation du cacao représente une part importante de l'économie du pays.

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Le pays produit en effet 40% de la production mondiale de cacao. Devenu dépendant de cette source de revenu non négligeable, la cacaoculture totalise 15% du PIB ivoirien, cumule 30% des recettes d'exportation, et permet de faire vivre 1/4 de la population ivoirienne.

Trafic d'enfants

On estime qu'entre 300 000 et 1 million d'enfants travaillent dans les plantations de cacao en Côte d'Ivoire. L'image d'un commerce équitable que nous vendent souvent les multinationales, désireuses d'être en respect avec les petits producteurs, est bien utopique quand on considère la situation réelle ; un salaire de misère, des enfants exploités... Dans la République du cacao, travailler est sensé être interdit pour les moins de 16 ans, l'école étant obligatoire à cet âge. Mais dans les faits, qu'en est-il ? Certains travaillent depuis leur 5 ans, et ont arrêté d'aller à l'école bien rapidement : aussi 25% des enfants présents dans les plantations seraient âgés de 5 à 14 ans.

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Bien loin de la légalité donc. Il faut savoir que ces enfants ne prennent pas leur travail comme anormale. Pour eux, travailler et ramener de l'argent à la famille est une tradition, une nécessité pour aider des parents parfois trop âgés ou blessés pour travailler. En bref, travailler, c'est se faire respecter. Etudier est considéré comme ne rien faire, et aspire à la méprise. Le cacao est la première ressource du pays, véritable or brun : il est donc tout naturel que les enfants participent à son exploitation. La loi des villages prend alors le dessus sur la loi. D'où la présence des 200 000 enfants ivoiriens de moins de 14 ans dans les champs de cacao, et des 15 000 enfants étrangers, généralement originaires du Burkina Faso et du Mali. Du Mali, les enfants partent pour aller à Korhogo, au Nord de la Côte d'Ivoire, dans un lieu où ils sont retenus avant d'être vendus à des propriétaires. Parfois, ce sont les propriétaires des champs qui viennent trouver les familles en quête d'enfants.

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En milieu rural, l'indice de fécondité est de 6,3 enfants par femme ; aussi n'est-il pas rare que la famille livrent les aînés dans l'espoir de quelque argent. Ces enfants passent d'un champ, d'un propriétaire à un autre sans être payé, vendus comme une vulgaire marchandise, parfois par leurs propres parents. Ensuite, le propriétaire peut exploiter les enfants comme s'ils étaient leur propriété. Des enfants-esclaves en somme.

Une situation proche de l'esclavage

Les risques ne sont pas inexistants dans ce secteur. Les accidents sont réguliers, du fait des tâches effectuées : épandage d'engrais, port de charges lourdes (des sacs de 50 kg, plus lourds que les enfants eux-mêmes), nettoyage des plantations avec des machettes, etc. Les enfants ne se plaignent pas de ces conditions affligeantes. Ils ne peuvent pas, étant battu s'ils osent manifester un quelconque mécontentement. De plus, ils veulent rester au champ pour toucher de l'argent, et ainsi pouvoir rentrer dignement chez eux. Problème ; les enfants ne touchent jamais la somme nécessaire pour rentrer chez eux. Ils ne sont que marchandises. Des bêtes de somme. Un travail éprouvant, qui nuit à leur santé, du fait des nombreuses blessures et infections subies. Sans compter que ces jeunes, n'ayant pas eu accès à l'éducation, ne sont pas instruits, et ne peuvent espérer un emploi mieux rémunéré, dans le respect de leurs droits.

Les multinationales derrière ce juteux business

Celles-ci, Hershey, Mars, Nestlé, pour ne citer que les plus connus, prétendent ignorer les conditions d'exploitation des enfants. Ces grandes sociétés, à la base de la culture du cacao ne viennent pas voir les conditions de vie des villages, d'une extrême pauvreté (absence d'hôpital, d'école, routes inaccessibles car en très mauvais état, dorment dans des cabanes...). Ces habitants n'ont pas assez d'argent pour vivre du cacao. Un paradoxe aberrant quand on sait que le cacao est la matière première d'un marché de près de 80 milliards de dollars. Ainsi, un sac de fèves de cacao, soit un sac de 50 kg, n'est vendu que 400 francs CFA, soit 60 centimes d'euro au pisteur, qui sert d'intermédiaire dans la commercialisation dans la filière du cacao. Ce dernier revend ensuite ce sac 700 francs CFA aux multinationales, soit 1.06 euros environ. Bien entendu, les multinationales affirment ne pas être au courant, car "contre leurs valeurs". Elles se contentent d'apporter une aide financière et technique aux agriculteurs, en vue de garantir un cacao toujours moins cher, assurant "prendre des mesures pour éliminer par étapes le travail des enfants en examinant chaque cas". Par exemple, Nestlé a participé au financement d'écoles. Alors, tentative de rédemption ou acte sincère désinteressé ?

Des actions de lutte

L'UNICEF est le principal organisme de dimension internationale luttant contre la traite des enfants dans l'exploitation du cacao. L'UNICEF encourage l'instruction des enfants en aidant les écoles, fournissant du matériel, finançant des écoles. Egalement, elle lutte contre la pauvreté en octroyant de petits crédits aux familles et en permettant les repas aux écoliers, et lutte pour la protection de l'enfant et le respect de leurs droits.

Autre organisme, l'ICI (Initiative Internationale du Cacao) lutte contre l'exploitation des enfants. En faisant construire des écoles notamment, et en diffusant des campagnes de prévention. Ainsi, entre 2012 et 2014, 4 000 enfants victimes de la traite ont pu être arrachés à leurs bourreaux.

Concernant les politiques de lutte, la Première Dame de Côte d'Ivoire, Dominique Ouattara, présidente du Comité national de Surveillance des actions de lutte contre la traite, l'exploitation et le travail des enfants (CNS) a mis en place un plan de 13 milliards de francs CFA (environ 20 millions d'euros), prévoyant, depuis 2015, une baisse de 30% de la proportion d'enfants victimes des PFTE (Pires Formes de Travail des Enfants) en Côte d'Ivoire d'ici fin 2017, et, à plus long terme, une baisse de 70% pour fin 2020.

Malheureusement, malgré la diffusion du calvaire subi par ces enfants, le phénomène reste toujours méconnu, et la situation n'a pas beaucoup évolué ; encore de nombreux enfants sont maltraités pour permettre aux consommateurs de manger toujours plus de chocolat. Une enquête se prépare néanmoins comme l'a assuré Mme Ouattara le mercredi 17 mai à Abidjan. Affaire à suivre...

"Neuf personne sur dix aime le chocolat. La dixième ment". Ah oui ? Et qu'en pensent ces enfants ? #Exploitation enfants