Alors que le Premier ministre, Manuel Valls, a été sifflé ce matin à l'entrée du lycée Victor Hugo dans le 3ème arrondissement de Marseille. Se pose désormais la question du regard que la France porte sur Marseille. En effet de nombreux marseillais considèrent que leur ville est dénigrée à outrance dans les médias.

Faut-il, dès lors, y voir un excès de paranoïa de la part des habitants de la cité phocéenne ? Ou bien est-ce un signal plus alarmant qui cache une véritable impression d'être rejetés par le reste du pays ? La fusillade d'hier qui s'est produite dans le quartier de la Castellane constitue ainsi une clé d'interprétation de ce malaise marseillais

Le sentiment d'un "deux poids deux mesures" pour les Marseillais

Les réactions à la suite de la fusillade d'hier sont venues rappeler avec force que Marseille était une ville à part en France. Effectivement, les sifflets à l'encontre de Manuel Valls semblent n'être que l'expression d'un mal-être profond au sein même de la ville. Car après le recueillement national provoqué par les attaques terroristes qui ont frappées Paris il y a un mois, Marseille a directement été pointée du doigt par différentes personnalités politiques. Alors, même si la gravité des événements n'est évidemment pas la même, cette stigmatisation quasi-systématique de la ville a beaucoup blessé les marseillais.

Beaucoup d'habitants ont déploré que " l'esprit du 11 janvier " ne soit pas au rendez-vous d'un des premiers défis auxquels Manuel Valls était confronté. En effet, les marseillais estiment que stigmatiser la ville ne sert à rien sinon à créer une forme de rupture entre Marseille et le reste de la France.

Toutefois, résumer la stigmatisation dont est victime la ville à ce simple fait divers s'apparenterait à une simplification dangereuse. Effectivement, depuis quelques années, Marseille souffre d'une image terrible dans les médias et dans les émissions destinées au grand public. On ne compte plus, en effet, les numéros d'Enquête exclusive ou de Zone interdite portant sur le caractère dangereux de la ville. Un peu comme si Marseille était le Far West français et qu'il était impossible de s'y déplacer en sécurité. Aussi les marseillais se sentent-ils exclus et éprouvent-ils une forme de défiance envers le reste de la France, signifiant bien là le côté bravache et rebelle de la plus vieille cité d'Europe.

Des atouts trop souvent oubliés...

Comme l'a si bien souligné Xavier Monnier dans Marseille ma ville, portrait non autorisé, la ville possède des atouts fabuleux. A commencer par son histoire faite de mixité et de brassage culturel. Aussi Marseille pourrait (devrait ?)-elle constituer un laboratoire pour la république. Plutôt que dénigrer la présence de cités dans le centre de la ville, pourquoi ne pas faire de Marseille le modèle de la politique de "repeuplement" défendue par Manuel Valls dans le JDD d'il y a quelques semaines. Pourquoi ne pas se servir de la mixité culturelle présente dans la ville pour mettre en place une véritable politique urbaine ambitieuse ?

En outre, la ville est un creuset culturel. Le rap, par exemple y est né. Preuve s'il en faut que de Marseille la sombre puisse surgir une certaine part de lumière. Dans la mesure où Marseille est l'une des rares villes françaises à avoir sa propre culture et une âme, pourquoi ne pas puiser dans ses ressources pour un jour peut-être y trouver le nouveau souffle de notre civilisation ? Marseille, porte de l'Orient, est l'un des grands enjeux du prochain siècle. En effet, c'est dans cette ville que l'on pourra trouver l'exemple qui infirme la théorie du choc des civilisations.

Marseille, trop souvent dénigrée, a donc des atouts non-négligeables. Les problèmes d'intégration, de ségrégation sociale et ethniques y sont fortement présents certes, mais Marseille constitue aussi le grand espoir français pour ressouder la société nationale. Alors chiche de parier sur la rebelle pour inspirer la France et résoudre ses problèmes sociaux ? #Marseille culture #Marseille politique