Marsactu, qui s'était déclaré en cessation de paiement quelques jours plus tôt, vient d'être placé en liquidation judiciaire. La nouvelle est tonbée ce jeudi.

Fin de partie pour ce journal en ligne 5 ans après son lancement. Il laisse de nombreux lecteurs fidèles sur le carreau. Jour après jour, ils attendaient les articles de ce média indépendant dont le travail de l'équipe éditoriale offrait quotidiennement une alternative de grande qualité au traitement de l'actualité locale par La Provence, principal quotidien régional.

Ils sont nombreux à exprimer leur tristesse ou à faire part de leur soutien à Marsactu dans les commentaires des différents articles qui annoncent la liquidation judiciaire.

Surtout que cette annonce survient dans un sombre contexte pour la presse marseillaise. La disparition de Marsactu vient s'ajouter à la longue liste de journaux et médias de Marseille et de sa région qui subissent actuellement de lourdes difficultés financières.

La Marseillaise

Fin novembre 2014, sur demande de la direction du journal, La Marseillaise était placée en redressement judiciaire par le Tribunal de Commerce de Marseille.

Le quotidien s'était déclaré en cessation une dizaine de jours plus tôt. Fondée en 1943 et d'obédience communiste jusqu'à la fin des années 90, La Marseillaise est donc mal en point pour son 70e anniversaire.

Diffusé dans 6 départements du grand Sud-Est de la France, le journal dont le siège est situé au cœur de Marseille, près du Vieux-Port, emploie 208 personnes dont 75 journalistes environ.

Il affiche des pertes estimées entre 1 million et 1,5 million d'euros en 2014. A ce jour, deux candidats à la reprise auraient fait part de leur intérêt. Le tribunal devrait se prononcer très prochainement.

Le Ravi

Quelques jours seulement après la Marseillaise, on apprenait le placement en redressement judiciaire du Ravi.

Ce mensuel satirique basé, lui aussi, à Marseille traite de l'actualité de toute la région Provence Alpes Côte d'Azur. Édité par l'association La Tchatche, il est devenu, en onze ans, une référence dans le paysage médiatique régional.

Chaque mois, ces dessins et les enquêtes de ses journalistes font mouche et font grincer quelques dents au niveau des dirigeants politiques.

Malheureusement, le titre n'a pas échappé à la crise de la presse papier. Il ne parvient pas à dépasser le cap des 2 000 exemplaires vendus par mois alors qu'il totalise 50 000 visites sur sa version gratuite en ligne...

Par ailleurs, il a vu le montant des aides publiques qui lui sont destinées fondre de 44 % pour le Conseil Régional et de 90% pour le Conseil Général. Malgré ses tentatives de diversification, Le Ravi se retrouve avec un trou de près de 55 000 euros à combler.

Il lui faut se restructurer, se réinventer et, malheureusement, dégraisser sa masse salariale pour se sauver et continuer l'aventure à l'issue du délai de 6 mois que lui a donné le tribunal pour son redressement.

LCM

Depuis son rachat par Médias du Sud en 2011, La Chaîne Marseillaise (LCM) est en dégringolade.

Fondée il y a 10 ans, cette chaîne privée basée à la Belle de Mai, à Marseille, employait une cinquantaine de salariés, dont près de la moitié de journalistes, en 2005.

Mais, malgré une audience de 90 000 téléspectateurs, soit environ 10 % de la population marseillaise, son personnel n'a eu de cesse de fondre depuis. En ce début d'année 2015, la direction a lancé un nouveau plan social à l'issue duquel il ne restera plus que 5 salariés à LCM...

La chaîne ne diffuse désormais plus de programme en direct. Son journal télévisé a été abandonné au profit d'un « tout images » de 5 minutes.

Fin du pluralisme de l'information locale

Si tous les médias évoqués venaient à disparaître, les Marseillais, habitants de la deuxième ville de France n'auraient alors accès qu'à un seul quotidien régional (La Provence), une chaîne de TV publique locale (France 3 Provence Alpes) et des journaux gratuits (20Minutes, MétroNews) pour suivre l'actualité généraliste locale.

Une situation qui peut se retrouver dans plusieurs autres agglomérations en France et qui conduit le Spiil (Syndicat de la presse indépendante d'information en ligne) à s'inquiéter « du tableau catastrophique du pluralisme de l'information dans les territoires », dans un communiqué.

L'organisation regrette l'existence de « discriminations entravant le développement d'une presse locale indépendante et créative. » Il dénonce notamment l'exclusion des pure-player (journaux 100 % en ligne) de l'essentiel de l'attribution des budgets de communication des collectivités territoriales et de la publication des annonces judiciaires et légales. Le syndicat estime que « cette situation est contraire au principe de non-discrimination technologique. » #Marseille culture #Journalisme