Mercredi soir, lors du rassemblement spontané devant le Club de la Presse de l'Hérault, ils étaient entre 3000 et 4000. Pour le grand rassemblement de dimanche, on en attendait entre 30 et 40 000. Puis entre 60 000 et 70 000. Du coup, pour des questions d'espace et de sécurité, le rendez-vous de 15h, initialement prévu au même endroit, avait été déplacé Esplanade de l'Europe, plus vaste, et l'arrivée aux Jardins du Peyrou au lieu de la Préfecture.

Ils ont été 100 000. Les Montpelliérains sont venus en masse montrer leur amour de la liberté d'expression et leur refus des extrémismes de tout bord. En chiffre inattendu et stupéfiant pour une ville qui compte 250 000 habitants, 400 000 en comptant l'Agglomération dans son ensemble.

Jeunes, vieux, familles, musulmans, juifs, catholiques, athées, tous s'étaient unis derrière un même symbole. Comme partout en France, on y a vu de beaux moments, des personnes âgées faisant tout le défilé avec leur canne, quelques larmes d'émotion mais surtout beaucoup de sourires bienveillants mais déterminés. Beaucoup, malgré la foule, avaient emmené leurs enfants; "C'est important que nos enfants voient que la France, c'est aussi ça, expliquait une maman venue avec son fils de 10 ans. Ca fait partie de l' éducation que j'essaie de lui donner, une éducation qui prône l'ouverture d'esprit, la tolérance et le rejet des extrémismes".

Des propos que reprenaient quelques mètres plus loin deux musulmanes voilées, venues avec leurs filles d'une douzaine d'années. " Je suis musulmane pratiquante mais avant tout Française, ajoutait l'une d'elle, et il important que ma fille comprenne que les vraies valeurs enseignées par l'Islam, c'est ça, pas quelques fous qui tuent des gens en se servant comme prétexte d'une religion à laquelle ils n'ont rien compris ! J'ai peur pour son avenir, c'est vrai. Mais depuis tout à l'heure les gens n'arrêtent pas de nous sourire avec bienveillance pour nous montrer qu'ils ne font pas l'amalgame. Ca me rassure et ça me fait chaud au coeur".

Alors bien sûr, certains craignaient une récupération politique mais il n'en fut rien. De même qu'à Nîmes, à 50 km, où les élus en tête de cortège furent poliment "virés" pour être remplacés par des lycéens. A Montpellier, pas d'emblème de parti politique quel qu'il soit et, au premier, rang, que des journalistes. Les politiques sont restés discrets et en retrait. Certains, tels le président du Département ou l'adjoint à la culture de la ville, on même été aperçus manifestant de façon anonyme au milieu de la foule. Une foule silencieuse, calme, sereine mais très déterminée.

Les discours aux Jardins du Peyrou eux, furent brefs, sobres, émouvants souvent.

Et, aussi, il y a eu cette image très forte, qui a marqué et ému même les plus anticléricaux des Montpelliérains: l'évêque, le rabbin et l'imam de Montpellier marchant ensemble en se tenant par la main.

"C'était beau et très fort, confiait une quinquagénaire Montpelliéraine de souche, les larmes aux yeux. Je ne sais pas ce qu'il se passera demain mais aujourd'hui je suis fière de ma ville. Très fière." #Charlie Hebdo #Montpellier société