L'exposition universelle de Milan, l'une des plus importantes dans sa durée, a pris place dans la ville italienne depuis le 1er mai et cela jusqu'au 30 octobre. C'est la seconde fois que la ville accueille ce haut lieu de la créativité et de la conception internationale. La dernière exposition à Milan date de 1906 et admettait comme thème principal : les transports.

Aujourd'hui la préoccupation est tout autre, « Nourrir la planète, énergie pour la vie » voici la nouvelle thématique de l'édition 2015. L'événement souhaite ainsi évoquer l'alimentation mondiale et ses complexités, le problème de la sous-alimentation dans différentes parties du monde ou encore l'utilisation contestée des OGM.

Growing city : un projet d'agriculture connectée en ville

Voici pour la dimension globale, mais en Loire-Atlantique l'émulation est grande puisque la designer et Nantaise d'adoption Johanna Perrot, s'apprête à s'envoler pour Milan. Après avoir été exposé au Salon Satellite (jeunes designers) Design Week de Milan (du 14 au 19 avril), son projet d'étude « Growing City » sera présenté du 6 au 30 juin à La Fabbrica del Vapore.

Blasting News : Johanna, comment peut-on définir le métier de designer global ?

Johanna Perrot : Le designer conçoit un produit en essayant d'harmoniser les critères esthétiques et fonctionnels, du graphisme au packaging. A l'inverse de l'architecte qui trop souvent pense « bel objet » sans prendre en compte l'intérêt de l'usage. C'est une vision qui s'inscrit dans le long terme. Les activités sont transversales et permettent au quotidien un réel enrichissement professionnel.

Chaque designer dispose de sa propre marque de fabrique, quelle serait la tienne ?

J'ai toujours été très attirée par les matériaux nobles et le bois reste un élément charnière de mes conceptions. Je me retrouve fortement dans le concept d' Upcycling. L'idée est de détourner des choses déjà existantes. C'est à mon sens le réel travail du designer, éviter de créer pour créer, alors que tant de matières sont déjà à portée de main. C'est une jolie manière de penser de façon responsable.

Ainsi l'idée de Growing city est de réimplanter l'agriculture en ville ?

Exactement, il s'agit de potagers à réalité augmentée. Le consommateur choisit sa surface puis sélectionne des fruits et légumes dans une large gamme de produits de saison uniquement. Tout se "commande" sur la plateforme web et c'est en fonction de ces demandes que l'agriculteur référant, lance ses cultures.

C'est une façon également de recréer du lien avec le monde rural ?

Aujourd'hui les consommateurs sont très attentifs au contenu de leur assiette. Ils deviennent acteurs de ce projet en y investissant du temps et des gestes simples, comme la transformation de leurs déchets en engrais. L'agriculteur y trouve une source de revenus et son travail tout comme ses produits, une nouvelle forme de valorisation. Nourrir sainement les populations est devenu un bien commun, à ce titre le travail de l'agriculteur mérite d'être davantage mis en avant.

Quel est l'intérêt pour les collectivités qui souhaiteraient accueillir ce projet ?

Participer à la qualité de la vie au quotidien en réduisant les pesticides par une consommation main à la main sans intermédiaire, et suivant les saisons. Il y a enfin le projet d'urbanisme qui vise à réutiliser les espaces industriels délaissés.

De quelle manière « Growing City » s'est-il retrouvé au programme de l'Exposition Universelle de Milan ?

En février dernier j'ai été contactée par Cumulus qui regroupe aujourd'hui la majeure partie des écoles d'art et de design à travers le monde. Cette année marque les 30 ans de l'association qui pour l'occasion a décidé de lancer un appel à projets en parallèle de l'exposition universelle, toujours dans la thématique « Nourrir la planète ». Growing City remplissait l'ensemble des critères. Nous avons monté un dossier de candidature en une petite semaine, avant de recevoir par mail quelques jours plus tard, la confirmation de notre participation.

Je suppose que voir son projet d'études récompensé d'une si belle manière donne confiance en ses projets futurs ?

Oui mais pas uniquement à titre personnel. C'est valorisant de se dire que son projet tient la route et que l'on n'a pas travaillé pour rien. Mais d'une manière générale prendre conscience qu'il puisse répondre à un besoin concret des populations, est encore plus significatif. Cela me donne confiance dans la voie professionnelle sur laquelle j'ai choisi de m'orienter.

Johanna Perrot est actuellement designer pour FICHTRE, la structure conceptrice de petites architectures, à qui l'on doit notamment Les Mille plateaux du Voyage à Nantes. Le collectif travaille actuellement sur un nouveau projet de ce même Voyage, installation prévue à partir du 3 juillet sur le toit de l'école d'architecture de la ville. #Nantes culture #Innovation #Italie