Ceux qui ont vu "entre les murs" retiennent une vision faussée de la tragique comédie de l'éducation nationale, en zone prioritaire, ZEP comme ils disent dans leur langage codé. Le Titanic se rapprocherait mieux d'une juste transposition cinématographique. Imaginez une bâtisse moyenâgeuse, protégée par plusieurs sas, presque enterrée et protégée par des barreaux aux fenêtres. Une gardienne âgée, hébétée, vous autorise à pénétrer si vous laissez, entre ses mains molles, votre pièce d'identité. Dès que la porte se referme derrière vous, l'envie de fuir ne vous quitte plus. Vous devez, pourtant, ne pas laissez transparaître votre malaise, votre rejeton s'agrippe à vous et ses yeux lancent des SOS clignotants. Soudain une sonnerie libère une horde d'adolescents de toutes tailles et de formes menaçantes. Bienvenue dans le collège d'un arrondissement parisien, celui que le rectorat vous a assigné - comme un verdict vous condamne à la peine capitale. Vous plaquez votre rejeton contre le mur et le protégez comme le garde du corps dans bodyguard. Si vous aviez imaginé une telle descente aux enfers, vous n'auriez jamais signalé au rectorat votre déménagement du 92 à Paris intra-muros. Ô regretté, meilleur collège de France et de Navarre, celui où le CPE fait régner l'ordre comme le shérif, la terreur, sur les contrées vierges et luxuriantes. Les élèves regagnent leur classe en deux rangs serrés et silencieux, se lèvent de leurs chaises dès la venue d'un professeur et ne prennent la parole que s' ils y sont autorisés.

Dans cet établissement, les enfants immigrés se comptent sur les doigts d'une main. L'anecdote, que vous a racontée votre aîné, l'année de sa rentrée en 6ème, pourrait introduire le long métrage que j'appellerai " survivre au koh-lanta éducatif", sous-titré : Pourquoi sont-ce, toujours, les noirs qui meurent en premier dans les films hollywoodiens?

Cette anecdote je vous la livre, sans commentaire, parce qu'encore aujourd'hui, j'admire la lucidité de nos jeunes guerriers. Un élève d'origine étrangère s'est approché de l' aîné et lui a dit "c'est toi qui redoublera cette année, souviens toi de ce que je te dis".

C'est effectivement ce qu'il s'est passé. Bizarrement les élèves qualifiés de "minorité visible" redoublent pour des motifs infondés. Bien sûr, comme nous sommes censés vivre dans une démocratie, vous avez le droit d'utiliser le recours légal. Sans succès. Trop juste, trop lent rétorque le corps enseignant, alors que la moyenne générale de dix demeure un argument recevable dans tout autre établissement. Le corps professoral vous désavoue et déboute votre objection. Je vous passe les retenues pour les motifs les plus improbables, pas de feuilles millimétrées dans le cartable, deux minutes de retard... Ici, d'années en années, le conseil de classe perpétue sa mission secrète, orientation professionnelle, en dépit des résultats et des motivations de vos rejetons. Comme si à chaque délibération, c'est la flamme de votre flambeau qui devait s'éteindre. Il y a qu'une seule prof qui s'élève contre ce complot et protège de son éthique louable votre descendance. Bref, vous pensez échapper à la malédiction de ces sociétés secrètes et vous voilà immergé en ZEP. Aucun espace vert dans ces cours intérieures, les mûrs suintent de graffitis et de vestiges d'histoires glauques, des regards menaçants vous épient parce que votre style n'affichent pas les emblèmes de révolte sociale qui conviendraient dans ces lieux. Votre enfant est jugé par ses semblables trop brillant pour être intégré. Son niveau supérieur à la moyenne nationale devient phénoménal pour des cours de dictée qui devraient être des cours de méthodologie de dissertation générale.

L'écueil est visible. On s'interroge sur l'égalité des chances, l'intégration. On incrimine les minorités visibles, mais quelles sont les raisons profondes des échecs scolaires des minorités?

BN #Ecole #Immigration #Jeunesse