Sans le vouloir, nous connaissons ces chansons par cœur. « Barbie Girl » d'Aqua ou « YMCA » des Village People. Elles ont envahi notre enfance, animé nos cauchemars les plus sordides et squattent encore les programmes télévisés de NT1 et certaines soirées où l'on aurait aimé ne jamais être convié. Ces chansons, un peu nulles, un peu beaufs, se résument en un plat très commun, la soupe.

La soupe a toujours existé

Si vous pensez que l'humanité est foutue, dites-vous bien qu'elle a déjà résisté à de nombreuses atteintes auditives ces quarante dernières années. La fissure apparaît lorsque dans les années 70, les maisons de disques ont préféré diffuser du disco déjanté au funk très jazzy de Marvin Gaye ou Clyde Brown. La culture de la soupe venait de naître avec en tête d'affiches Boney M, Gloria Gaynor ou Abba, élevés au rang d'icones par des jeunes, stimulés par la fièvre du samedi soir, les sonorités minimalistes et la coke bon marché.

La suite, elle ne fait guère plaisir à entendre : l'entrée dans les fameuses années 80-90, comble du mauvais goût. Apparition de boys-band au look très méché et aux paroles aussi suaves que dégueulasses. Débarquement des ovnis de l'eurodance, accros aux rythmiques étourdissantes et aux borborygmes buccaux. À l'époque, les titres se vendent comme des petits pains. Ça plaît au plus grand nombre, c'est facile à produire et ça se vend tout seul.

Le Kitsch, c'est chic ?

Les tubes un peu nuls de l'avant internet ont le mérite de rassembler les gens. Qui n'a pas chanté I Will Survive pendant la Coupe du monde 98 en France ? Qui n'a pas crié du Gilbert Montagné, bourré comme un coin à un mariage, juste avant la soupe à l'oignon ?

Les chanteurs ringards des années 80 ont d'ailleurs connu un succès fou dans l'Hexagone avec une tournée come-back. De même que l'eurodance a su trouvé son public. Elle est devenue indissociable des stades de football, parfaite pour l'entrée des joueurs. On s'extase devant les Pet Shop Boys à Paris, Europe à Auxerre ou encore Van Halen au Vélodrome.

A l'étranger, le ridicule tue encore moins qu'ici. Les Boyzone font encore des tournées en Angleterre et Gigi D'Agostino est toujours considéré comme un DJ mythique en Italie. Certains artistes l'ont d'ailleurs bien compris. Des mouvances Deep House et Nu Disco (nouveau disco) sont apparus, surfant sur la vague du retro chic. Le Dj anglais Bodhi remixe Good Vibrations de Marky Mark, Louis La Roche redonne une seconde jeunesse au Supermen Lovers tandis que LeMarquis se spécialise dans le remix des divas du R&B, de Lucy Pearl à Brandy en passant par Ashanti.

Quel avenir pour la soupe contemporaine ?

Avec Internet, tout va trop vite. Pour surfer sur la vague de la soupe commerciale, il faut être malin et s'attirer les faveurs des maisons de disques, qui créent des artistes « bankable » de A à Z. Autres solution, pouvoir créer le buzz. La cible qu'il faut capter en priorité, ce sont les adolescents. Or, si on manque de visibilité, il s'avérera plus compliqué de réussir son pari. Avant de triompher avec son personnage de Sébastien Patoche et ses dizaines de millions de vues Youtube, l'humoriste Cartman a connu plusieurs revers. Un an avant, son personnage de Michel (380 000 vues) n'avait pas connu le succès escompté.

Mais cette soupe, bien que virale, est-elle durable ? On imagine guère René la Taupe ou Kamini revenir sur les devants de la scène. Le succès internet semble éphémère et la soupe des années 2000-2010 pourraient être enterrés aussi vite qu'elle est apparue. Prenons l'exemple de la tecktonik dont les compilations se vendent aujourd'hui sur les aires d'autoroutes, au prix d'un soda. Voilà peut-être la différence entre la soupe d'avant internet et d'après internet : l'une devient kitsch, l'autre tombe dans l'oubli. On n'est pas sûr d'entendre Sébastien Patoche dans la playlist mariage à l'horizon 2020. Ça fait un bien fou ! #Musique