Le virage que prend l'O.I.F. (Organisation Internationale de la Francophonie) traduit ce que ses détracteurs ont toujours décrié, à savoir qu'elle n'est ni un projet linguistique, ni culturel; mais au fil des jours, elle devient un instrument au service de l'hégémonie américaine dont l'ambition est d'apprivoiser l'#Afrique. La multiplication des bases militaires françaises et américaines en Afrique est là pour l'attester autant que les diverses tentatives de déstabilisation et de balkanisation des Etats qui n'aspirent qu'à vivre en paix, cas du Cameroun. Et pour confirmer ce virage, Michaëlle Jean a été nommée à sa tête.

Pourtant il existe des problèmes convoquant la solidarité de tous ! Certains sont liés à l'environnement, d'autres à la sécurité. Ils ont été évoqués avec pertinence à Dakar par le chef d'Etat camerounais : la régression croissante du lac Tchad, le pillage du bassin du Congo et la nébuleuse Boko Haram. Que font les membres de l'O.I.F. par rapport à ces problèmes ? Pas grand-chose, évidemment. Cependant, quand il faut enrôler les soldats africains pour des guerres dont elle est la principale instigatrice, la France ne ménage aucun moyen. Elle n'a pas le temps de compter les victimes que ses armées font tomber partout elles passent. Inutile, ce sont des djihadistes ! Mais au moindre décès d'un soldat français, elle voudrait que le deuil soit mondial. Drôle de solidarité ! Pourtant la guerre au Mali est le fait du chaos perpétré en Lybie par les armées françaises, et celles de l'OTAN, chaos à l'origine du cafouillage qu'on vit dans la zone sahélo-soudanienne. Aussi les problèmes relatifs à l'essor des pays africains membres de l'O.IF. sont-ils occultés parce que la France d'aujourd'hui poursuit des objectifs qui ne sont plus uniquement ceux qui servent à garantir son influence dans son traditionnel précarré, mais aussi ceux de leurs maîtres, les Etats-Unis d'Amérique. C'est pourquoi la solidarité a foutu le camp et la défense des intérêts géostratégiques des Américains dans leur partage du monde a pris le pas sur la recherche des solutions aux difficultés que traversent les Etats francophones d'Afrique.

Face à cette trahison manifeste des successeurs de Chirac, les Etats africains membres de l'O.I.F. sont sans verbe. Pourtant, comme le disait Danièle Latin (ancienne chargée de mission AUPELF-UREF) lors du colloque intitulé « Des langues et des villes » organisé à Dakar du 15 au 17/12/ 1990 : "Les positionnements à définir au Nord comme au Sud devront répondre aux problèmes endogènes des pays et des régions en même temps que constituer des stratégies linguistiques éclairées pour les grands ensembles communautaires internationaux. L'Afrique est un de ces ensembles qui nous préoccupe prioritairement". Cet objectif semble aujourd'hui dévoyé et l'O.I.F. ne s'identifie plus à la devise chère à l'ACCT, « Egalité-Complémentarité-Solidarité ». Les révélations faites par l'homme d'Etat camerounais sont là pour nous désillusionner et inviter chacun à ne compter d'abord que sur lui-même face aux difficultés avant d'attendre quoi que ce soit des autres. C'est cela le pragmatisme au moment où la France est soupçonnée d'avoir des intérêts qui ne sont pas ceux des Africains, autant prendre ses responsabilités pour résoudre l'équation Boko Haram avec ou sans l'O.I.F.

Delà à admettre le Mexique où l'espagnol seul est usité, et par défaut l'américain, il n'y a qu'un pas que l'O.I.F. a franchi. Aussi la nomination d'un non-Africain à sa tête est-elle perçue comme le début de la fin de la famille francophone ; à moins que le tir ne soit rectifié pendant qu'il est encore temps. Car, avec l'influence néfaste que subit l'O.I.F. du fait de la mondialisation à l'américaine, il ne sera pas surprenant que certains membres africains quittent le navire avant son imminent sabordement.

Les ruptures qui se produisent sous nos yeux, les malheurs qui frappent aujourd'hui certains groupes de pays et même certains pays membres pris individuellement, sont l'une des causes de l'oubli volontaire des engagements pris par l'O.I.F. Aussi se retrouve-t-on dans une famille avec des pays dont les uns sont plus malins que d'autres et qui ont appris la nécessité des équilibres entre le sacré et le profane, entre les intérêts privés et les devoirs publics. Les uns selon les cas peuvent prendre le dessus sur les autres qui sont très souvent oubliés. C'est pourquoi il est triste et même injuste de remarquer qu'il n'y a plus d'élan de solidarité au sein de l'O.I.F., si oui pour sabler le champagne comme dernièrement à Dakar où l'on a célébré des individus qui passent au lieu de bonifier ce qui sans lequel, il n'y aurait pas eu de XVe sommet. L'avenir nous en dira plus.