Horreur, indignation, tristesse... J'aurais pu user d'une dizaine de mots exprimant le chagrin qui remplit mon coeur à l'heure où j'écris ces lignes. Ecrire, s'exprimer... mais que peut-on écrire ? Que peut-on exprimer finalement ? Pour la première fois en France, un journal a été la cible d'une violente attaque, une fusillade qui aura fait douze morts. Parmi eux, quatre dessinateurs qui n'ont jamais cessé de se battre pour leur liberté, leur liberté de dessiner, de s'adonner à la satire d'une société et d'un monde qui se noient sans scaphandre dans l'obscurantisme. Charb, Cabu, Wolinski et Tignous, vous voilà élever au rang de "martyrs" de la liberté d'expression alors que ce qui vous faisait surtout kiffer chaque matin, c'était de prendre votre crayon. Dessiner pour faire esquisser un semblant de sourire, ou faire ressurgir une once d'agacement, selon les sensibilités de chacun, sur le visage de vos concitoyens.


Ma peine accompagne les familles des victimes, journalistes, policiers et anonymes. Mais surtout, elle rejoint celle du monde musulman, dont la foi est une nouvelle fois prise en otage. Ne me parlez pas d'extrêmisme, de fondamentalisme... Ces individus qui proclament venger leur prophète ne font qu'assassiner l'essence même de leur religion, basée sur la paix, l'amour et le respect de son prochain. Ce massacre résulte tout simplement d'un problème profondément humain. A quel moment a-t-on perdu le fil ? Après quels mots avons-nous rompu le dialogue ? Aujourd'hui, j'entends des personnalités politiques appeler à l'union nationale. La France est, par définition, une et indivisible, par définition seulement... Sauf aujourd'hui. En fallait-il en arriver là pour prendre conscience que nous avons emprunté le chemin le plus dangereux depuis des décennies ? Le chemin de la stigmatisation, la voie de l'amalgame, la rue de la diabolisation, l'autoroute de l'ignorance, l'avenue du mensonge et des doubles-discours, le rond point interminable de la haine alimentée par les gendarmes de la bonne morale... Malheureusement, j'entends les médias parler d'un "11 septembre français", et puis quoi encore ? Pourquoi pas un "Öslo parisien" tant qu'on y est... Le tabage médiatique autour de cet évènement tragique fait encore son effet, je remarque que les intervenants sont nombreux, et disent à peu près tous la même chose. Les mêmes intervenants qui, il y a un an, menaient une croisade contre humoriste au point de lui faire interdire son spectacle... Finalement, je n'apprends rien de nouveau... Bref, j'ai éteint ma télé, et j'ai pris ma plume car s'il y a bien quelque chose qu'il faut préserver c'est de faire vivre le débat, et bousculer les opinions... Messieurs, merci pour vos oeuvres et reposez en paix...