Impossible de dormir. J’essaie de passer à autre chose, de me relâcher mais mon cerveau fait virevolter des images de rassemblements spontanés aux quatre coins du globe. A New York, à Buenos Aires, à Marseille, à Bruxelles, dans trop de grandes villes se sont rassemblé des milliers de gens pour manifester leur soutien à Charlie Hebdo.

Ils n’ont pas peur. “We are not afraid”, peut-on lire sur leurs banderoles.

Une solidarité incroyable s’est forgée en quelques heures. Des pages Facebook ont dépassé rapidement la centaine de milliers de likes. Plus rapidement qu’un buzz. Je suis Charlie a envahi les photos de profils. Des milliers de tweets ont internationalement exprimé  leurs doléances. Une tristesse folle s’est répandue au travers des réseaux sociaux pour sortir de la sphère du net et se muer en mouvement de foules.

Contre qui ? Contre quoi ?

D’une violence hallucinante, l’attentat choque par ses formes autant que par ses symboles. Des êtres humains ont été abattus froidement. Ils étaient sans défense. Mais ceci arrive tous les jours. Pourquoi ces assassinats choquent plus que les autres ?

Aujourd’hui, comme à l’époque du 11 septembre 2001 qui avait vu le World Trade Center en flammes, c’est l’effondrement d’un symbole qui frappe. Un bastion de l’humour caustique et dérangeant qui va être enterré. Et ça, le monde ne le veut pas.

Que le monde se révolte contre la destruction des symboles, je trouve ça beau.

Et ça m’empêche de dormir.

De savoir qu’un journal pas forcément adulé suscite autant de soutien est touchant. Parce qu’aujourd’hui, si un point a été souligné, c’est que le journalisme est en danger.

Chaque année, une centaine de professionnels des médias se fait assassiner dans l’exercice de sa fonction. Chaque année, ceux qui mettent le doigt là où ça fait mal risquent leur vie et parfois la perdent.

Mais les violences physiques ne sont pas les uniques menaces qui pèsent sur la profession. Le manque de fonds financiers, la concurrence du publi-rédactionnel, du clickbait et de certaines presses propagandistes, l’idée répandue que les médias font de la désinformation, la haine à l’égard d’une profession injustement accusée de susciter la déprime, les « à-quoi-bon-regarder-le-jt-si-c’est-pour-déprimer »…font que le journalisme est aujourd’hui grandement menacé.

A force d’être délaissé, il s’évapore.

Les reporters de guerre financent leur voyage sur leur propres sous. L’opinion s’indigne lorsque l’un d’entre eux meurt. Mais la réalité est que peu de rédactions soutiennent encore des initiatives pareilles qui voient quelques individus risquer leur vies pour rapporter une info à laquelle plus personne n’attache d’intérêt. Ou ne croit.

Sans soutien, moral, technique ou financier, le journalisme devient une galère quotidienne. Un métier à risque.

Alors, quand des milliers d’êtres humains autour du globe s’indignent spontanément du massacre de journalistes, je suis touché. Cela signifie que malgré toutes les menaces qui planent autour d’elle, la profession de journaliste est encore considérée comme un élément à défendre.

Cette belle émotion m’empêche de dormir. #Charlie Hebdo