Le dessin pour exprimer une idée, un sentiment, une peur ou autre est une langue universelle, c'est le plus vieux moyen d'expression du monde, si l'on regarde les grottes ornées, par exemple.

Lorsqu'il exerce une fonction critique, on l'appelle caricature. Il s'agit d'un mot d'origine latine: caricare, signifiant charger.

Si certains vases grecs du IVème siècle portent des dessins de figures bouffonnes, obscènes ou grotesques (allusion faite à ce que le vin pouvait provoquer?), ce sont les italiens et notamment Léonard de Vinci qui ont dessiné des profils de vieillards à la face grimaçante et au regard torve. Mais ces dessins restaient dans les ateliers...

La première caricature réalisée sur feuille est celle de Luther présenté comme le "Hercule allemand". Elle est l'oeuvre de Cranach en 1520! Beaucoup d'artistes à sa suite se sont engagés dans la production d'images qui scandalisent ou font rire, les thèmes favoris étant le pape et son clergé.

Le principe de toute caricature est toujours le même: dénoncer par le rire ou l'humour, y compris l'humour noir, les pouvoirs, les inégalités, les haines, la satire étant politique, économique, sociale ou religieuse. Cela va des gravures de Callot en 1633 dénonçant les "grandes misères de la guerre" à celles de Goya en 1810 dénonçant la guerre menée par Napoléon en Espagne.

C'est grâce à l'invention de la lithographie en 1796 que les oeuvres seront plus largement diffusées. En 1818, on inventera la gravure sur "bois de bout", c'est à dire qu'au lieu de suivre les fibres du bois on le gravera perpendiculairement à ces fibres. Cela abaissera les coûts et permettra à Daumier, Gustave Doré et consorts de se faire connaître et par conséquent condamner par le pouvoir en place.

Plusieurs journaux verront le jour, notamment en 1830. Caricatures dont l'équipe de dessinateurs est constituée de Daumier, Granville, Devéria et Raffet, excusez du peu! Puis il y aura Le Charivari, La Libre Parole, Le Grelot... Et plus près de nous l'Assiette au Beurre qui publiera entre 1901 et 1912 pas moins de 10000 dessins! Outre les caricaturistes de l'époque y participeront de grands peintres: Forain, Juan Gris, Van Dongen, Villon et surtout KUPKA qui dans le numéro spécial intitulé "Religions" ridiculisera avec la même rigueur mono et polythéismes. Il n'était pas plus respectueux de l'Islam que du Christianisme. Il ne respectait d'ailleurs pas non plus les empereurs, les présidents, les banquiers...

Tous ceux la auraient pu collaborer à #Charlie Hebdo!

J'aime la façon dont Baudelaire "critique" le travail de Daumier: "Il a quelques rapports avec Molière. Comme lui, il va droit au but. L'idée se dégage d'emblée. On regarde, on a compris". Il ajoutera: "Daumier a poussé son art très loin, il en a fait un art sérieux... Pour l'apprécier, il faut l'analyser au point de vue de l'artiste et au point de vue moral".

Bel hommage à cet art de la caricature.

Hélas en 2015 les artistes peuvent en mourir!