Le rire est-il vraiment le propre de l'homme comme nous l'affirmait Rabelais? On peut en douter au vu des événements sanglants récents qui continuent de secouer notre planète!

Remémorons-nous le fameux roman d'Umberto Eco "Le nom de la rose", devenu par la suite le film éponyme réalisé par Jean-Jacques Annaud en 1986. On y retrouve les mêmes ingrédients explosifs qu'aujourd'hui. Le rire, considéré comme blasphématoire, y est censuré par un moine bénédictin dans une abbaye en l'an 1327.

Pour nier l'existence d'écrits portant sur le rire, il arrache les pages de textes sacrés et va jusqu'à faire disparaître les copistes qui en ont eu connaissance, en les empoisonnant.  Voilà l'un des meilleurs exemples de l'intolérance déployée dans toute son hypocrisie! Mais les victimes de la pensée totalitaire quelle qu'elle soit sont malheureusement légion!

Toutes les religions et tous les régimes politiques de par le monde ont généré des représailles pour neutraliser leurs opposants en faisant taire leur liberté d'expression... On songe à l'art moderne, considéré comme "dégénéré" par le régime nazi, aux autodafés de toutes sortes, à l'Inquisition, aux procès de sorcières...

Seule la démocratie peut et doit garantir cette liberté d'expression parfois durement acquise au cours des siècles! C'est ce que certains ont bien compris et c'est pour cela qu'ils s'attaquent à ce symbole qui représente en soi une forme de résistance. Car le rire est cette résistance qui permet à tout un chacun d'avoir une soupape salvatrice lui octroyant un air qui sent le large et un espace inaliénable de liberté... Libérer le rire, qui est aussi "la politesse du désespoir", une citation que certains attribuent à Boris Vian, d'autres à Chris Marker ou d'autres encore à Pierre Desproges, revient à libérer l'esprit de toute emprise et à rire même de notre propre mort...Et le philosophe Comte-Sponville de s'interroger en posant cette question insidieuse mais essentielle: "Si les fidèles avaient le sens de l'humour que resterait-il de la religion"?

Car c'est bien cette question-là qui interpelle le Bénédictin dans le livre d'Umberto Eco et c'est bien celle-ci qui éclaire les événements actuels! Oui, les dessins de #Charlie Hebdo caricaturent les religions mais aussi les régimes politiques en affûtant notre sens critique, cette "révolte supérieure de l'esprit" ainsi qualifiée par Breton, comme les journalistes l'ont fait avec leurs modestes crayons!