La liberté d'expression est l'une des libertés fondamentales inscrites par de belles lettres sur toutes les constitutions ayant posé les premières pierres des régimes démocratiques, que ce soit en Europe ou en Amérique du Nord. En France, nous l'avons en priorité sur la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, document qui se place au-dessus de toute hiérarchie des normes dans notre régime démocratique. Durant la seconde guerre mondiale, les "quatre libertés" (expression, religion, vivre à l'abri du besoin, et vivre à l'abri de la peur) furent adoptés comme racines idéologiques par les alliés pour faire face ensemble contre un ennemi commun. A juste titre, il fallait combattre l'idéologie nazie, mais de cela a découlé un partage de la carte en deux camps majeurs, entre deux idéologies, durant quelques décennies, avant l'avènement de la mondialisation et du capitalisme. Ces libertés ont permis, sous une certaine forme, l'émancipation des sociétés démocratiques au sein de leur régime.

La démocratie et son rapport complexe face à liberté de son peuple

Les sociétés démocratiques ont toujours pu se permettre de jouir de cette liberté pour contester, dénoncer, critiquer, débattre et remettre en question leurs chefs d'Etat et leur gouvernement, entre autres, que ce soit à travers la multiplication des médias, ou à travers les arts comme la musique et le cinéma. Soit des multiples moyens de s'exprimer, et d'user de cette liberté, comme l'histoire en témoigne. Il y a eu le pacifisme du flower power face à la guerre, celle du pasteur Martin Luther King face à la ségrégation raciale, en passant par la liberté des journalistes pour faire tomber Richard Nixon suite au scandale du Watergate. Il y a eu Mai 68 face au pouvoir gauliste, la "Marche des beurs" en 1983 face au racisme et la montée de l'extrême-droite. Des multiples moyens de s'exprimer qui ont conduisent parfois à un élan libertaire pour les minorités présentes dans ces sociétés. Un élan face auquel les gouvernements ont parfois usé de la répression, démontrant que cette liberté ne s'appliquait pas forcément à tout le monde même sur leur sol. Il y a eu les brutalités policières durant la ségrégation raciale et la "chasse aux sorcières", les brutalités contre les minorités, à l'image de la nuit du 17 octobre 1961 à Paris.

Une liberté non absolue

Cette liberté d'expression donne cette possibilité à la société de pouvoir combattre ses maux avec les mots, et ceci parfois sans limites. Là voilà ciblée, contestée pour certains, défendue ou protégée pour d'autres. Aujourd'hui, elle compte ses corps et se retrouve plus que jamais au centre du débat après les évènements tragiques qui lui ont porté directement atteinte. Mais la liberté d'expression est-elle victime d'elle-même ? En parlant, en m'exprimant, je suis susceptible de porter atteinte à cette liberté d'expression par nature si j'offense quiconque. Dans ce cas, elle devient inévitablement une liberté susceptible d'être réprimée. Elle est aujourd'hui otage d'elle-même, parce que nous l'usons parfois à tort et à travers, plutôt qu'à raison. La crainte de s'exprimer maladroitement, la crainte de blesser les autres, même par l'humour. La crainte d'être jugé pour ce que l'on dit plus que par ce que l'on fait... Il faut savoir user de ce droit, mais sans abus, sans non plus se l'interdir. Si elle divise, elle peut tuer, si elle rassemble, elle peut sauver. #Charlie Hebdo