Les victoires attendues de Syriza et de son jeune leader Alexis Tsipras sont devenues une réalité. Assiste-t-on à une nouvelle géopolitique européenne qui se dessinerait depuis les Etats européens du sud et dont la #Grèce serait l'exemple? Certains pensent que le mouvement Podemos en Espagne pourrait bousculer la carte politique espagnole. Attendons de voir car les contextes historiques, politiques et socio-économiques ne sont pas tout à fait identiques, même s'il y a des points communs sur le plan économique. La victoire de Syriza met en porte-à-faux l'orthodoxie libérale économique de l'#Union Européenne, articulée autour de l'austérité économique.

La victoire de Syriza s'est construite sur une volonté de redonner du pouvoir au peuple. De plus Syriza et surtout Tsipras ont montré que les alliances politiques entre la gauche la plus radicale et la droite souverainiste sont tout à fait possibles. Le mouvement Syriza est-il possible en France? Ce n'est pas évident car la ligne politique du Front de gauche au souverainiste Dupont d'Aignan n'est pas continue. La gauche radicale grecque n'est pas la gauche radicale française (s'il en existe une), quoiqu'en dise Mélenchon, un des leaders du Front de Gauche.

Faut-il annuler la dette grecque? La réponse est évidemment non. Alexis Tsipras pendant la campagne avait dit que c'était un des objectifs à atteindre. La réalité est que la Grèce est dans une situation difficile. Il faut que la dette gouvernementale européenne en direction de la Grèce soit réaménagée en l'étalant sur trente ou cinquante ans et en diminuant les montants à rembourser.

La RFA avait bénéficié d'une annulation de sa dette lors de la conférence de Londres en 1953. Le contexte de l'époque n'est plus celui dans lequel se pose la question grecque. La Grèce veut rester dans la zone euro, la France détient 40 à 50 milliards de la dette, l'Allemagne 80 milliards. En introduisant le principe de parité entre les Etats qui ont fait des réformes difficiles comme le Portugal, l'Espagne et d'autres, on ne peut annuler la dette grecque. Les Etats donateurs n'ont pas toujours été très regardants sur les conditions de l'entrée de la Grèce dans la Communauté économique européenne (CEE) et dans l'Union économique et monétaire.

En revanche, il est tout à fait possible, sans annuler la dette, d'appliquer à la Grèce les techniques financières utilisées pour les grandes entreprises privées en séparant les actifs considérés comme pourris des actifs sains qui permettent de retrouver le chemin de la croissance. On peut utiliser la technique de defeasance pour permettre de séparer la mauvaise dette de la nouvelle dette que va contracter le gouvernement du Premier Ministre Tsipras pour la croissance économique et le bien-être des populations.

Il revient au Premier Ministre élu de convaincre l'Allemagne, la France, l'UE et les pays créditeurs de sa bonne volonté de régler le problème de son pays. Il faut que l'UE commence à s'appuyer sur une vision marquée par plus de croissance que d'austérité, ce qu'elle a commencé déjà à faire en utilisant la technique du quantitative easing, technique monétaire visant à mettre 1.100 milliards d'euros à la disposition du financement des activités économiques dans les Etats membres. Il est vrai que certains pays de l'UE ont fait les réformes avant les autres, mais le contexte actuel a changé.

La Grèce apporte une nouvelle problématique et oblige les Etats membres à réfléchir différemment sur les liens entre dette et croissance économique.