Première partie ici.

L'intellectuel contemporain: simple commentateur de l'actualité

Le rôle de l'intellectuel a effectivement évolué. Aujourd'hui, ceux que l'on considère comme intellectuels se contentent de commenter l'actualité, de décrire la société et les problèmes qu'elle rencontre sans pour autant s'engager dans le débat politique, ni évoquer des solutions ou énoncer des grandes orientations pour faire évoluer la société. Là encore, quel que soit le bord politique ou la discipline des penseurs, on constate la même incapacité à apporter des solutions aux grands débats contemporains.

Sur la question identitaire, Eric Zemmour illustre à merveille cette nouvelle donne pour les intellectuels. Lors de l'émission On n'est pas couchés, au cours de laquelle il était venu faire la promotion de son livre Le Suicide français, il a affirmé qu'il n'avait pas les réponses aux problèmes qu'il évoquait dans son essai. À une question de Léa Salamé qui lui demandait "on fait quoi avec les musulmans de France alors?", il a même répondu: "mais je ne suis pas président de la République, mon livre n'est pas un livre de programme". De la même manière, lorsque la même chroniqueuse lui a demandé s'il soutenait Marine Le Pen "pour aller au bout de son engagement", il s'est soigneusement gardé de répondre à cette question, notifiant par là même son refus d'entrer dans un débat politique et de s'engager réellement de manière politique dans le débat public.

Dans le domaine économique, on retrouve ce même problème. Thomas Piketty le montre bien. L'auteur du Capital au XXIème siècle plaide pour une refonte du modèle économique en passant par une modification radicale du système fiscal, notamment en augmentant de manière substantielle l'imposition pour les plus riches. Toutefois, ce manifeste économique aurait pu aboutir sur un engagement politique plus profond et il n'en est rien. Thomas Piketty a passé ces deux dernières années à faire des tournées de promotion de son œuvre dans à peu près tous les pays du monde sans jamais franchir le pas d'un engagement politique marqué. Son seul acte politique depuis la publication de son livre aura été de refuser la légion d'honneur. S'il a de cette manière fait preuve d'engagement politique, c'est un engagement par la négative, par le refus et non pas comme force de proposition.

Néanmoins, l'un de ces intellectuels semble échapper à ce déclin. Il s'agit de Michel Onfray qui a toujours promu l'éducation pour faire advenir la tolérance. Joignant les actes à la parole, il a créé en 2002 l'Université populaire de Caen en réponse à l'accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle. Le projet du philosophe s'appuie sur une volonté de démocratisation de la culture en dispensant gratuitement un savoir au plus grand nombre. Cette initiative s'inscrit dans une volonté de Michel Onfray de permettre à toute personne le désirant d'obtenir les clés de compréhension de l'histoire de la philosophie et donc de pouvoir pleinement réfléchir par soi-même sur les différentes problématiques politiques. En ce sens, Michel Onfray semble permettre à chacun de devenir intellectuel et de pouvoir agir à son échelle. Dès lors, le devoir d'action de l'intellectuel n'est-il pas aujourd'hui du pouvoir, voire du devoir, de chacun? Ne sommes-nous pas tous intellectuels aujourd'hui?

Troisième partie ici.