Première partie ici.

Deuxième partie ici.

Tous intellectuels aujourd'hui?

Le rôle d'acteur, anciennement dévolu aux intellectuels, peut désormais être assumé par tout le monde. Certaines personnalités politiques en appellent à cette mise en action de la société pour remplacer les intellectuels aujourd'hui en retrait. Jean-Luc Mélenchon, dans L'Ere du peuple, incite la société et les individus qui la composent à devenir pleinement acteurs du débat public. Alors que beaucoup n'y voient qu'un vœu pieux, on constate que, depuis la crise économique de 2007, un nombre croissant de citoyens a tendance à s'engager de manière plus conséquente.

En effet, à la suite de la déflagration économique qu'a constituée la crise des subprimes, on a pu voir émerger ci et là des mouvements citoyens cherchant à peser sur le débat public. Même aux Etats-Unis, où la mobilisation et l'action des citoyens ne sont pas habituelles, le mouvement Occupy Wall Street a pesé sur le débat public si bien que Barack Obama a envisagé une réforme de l'imposition avant de voir la Chambre des représentants censurer cette mesure. En Europe aussi, le mouvement des Indignés en Espagne a pris de l'importance et est même parvenu à se transformer en parti politique.

Et c'est ici que l'on trouve la grande nouveauté de ces mobilisations populaires. Par le passé, celles-ci n'étaient que sporadiques et ponctuelles alors qu'aujourd'hui les mobilisations populaires tendent à se structurer et à se muer en parti politique par la suite. En Espagne, du mouvement des Indignés est né Podemos, parti opposé à l'austérité et constitué par ce que l'on désigne sous le nom de société civile. Ce parti talonne désormais le Parti Populaire dans les sondages tout en devançant le Parti Socialiste Espagnol. L'Italie a également connu ce phénomène d'engagement politique de citoyens lambda avec le Mouvement Cinq Etoiles de Beppe Grillo. Ce parti a connu une ascension fulgurante en obtenant près du quart des voix lors des élections législatives ou en gagnant des mairies de villes comme celle de Florence.

Ce mouvement d'engagement ne trouve pas des échos que sur les thèmes économiques. L'opposition au Mariage pour tous en France l'a démontré dans la mesure où ce débat a vu émerger des groupements de citoyens qui s'opposaient farouchement à ce projet de loi. Quoi que l'on pense du combat qui était le leur, ces personnes ont su s'unifier dans le mouvement de La Manif pour tous afin de peser sur le débat public. Ce grand mouvement citoyen s'est même matérialisé par un engagement politique puisque des micro-partis issus de la contestation à cette loi ont vu le jour.

Les attentats contre Charlie Hebdo et contre l'Hypermarché Casher ont, eux aussi, montré à quel point les citoyens éprouvaient ce besoin d'engagement et de peser sur le débat public. Les rassemblements le soir même de l'attaque de Charlie Hebdo puis les différentes manifestations le week-end qui a suivi a mis en exergue cette nouvelle tendance. Les débats qui s'en sont suivis sur les réseaux sociaux, notamment sur le problème des banlieues a replacé les citoyens au cœur du débat public.

Un moyen de sauver la démocratie?

Cette nouvelle donne, celle de l'action des citoyens et de leur engagement dans la vie et le débat public, soulève de nombreuses questions. Alors que l'on ne cesse de déplorer un désengagement croissant des citoyens dans la vie politique symbolisée par une abstention toujours grandissante, ne tient-on pas là un moyen de réimpliquer les citoyens dans la vie publique?

Je vois dans cette tendance à l'action et dans cette nouvelle volonté d'engagement une source d'espoir pour réinsuffler une dynamique nouvelle pour la démocratie et la citoyenneté que l'on juge, à raison, en péril et en crise en France.

En effet, si la crise suppose des difficultés et des défis à relever, elle nous appelle également à repenser notre système et de faire des choix puisque le terme crise nous vient du latin crisis qui signifie choix. Alors à nous de faire le choix de l'engagement et de l'action dans la vie publique et politique de manière à ne pas déserter le devoir qui est le nôtre.

Je parle de devoir parce que pour défendre la République et nos valeurs il est nécessaire de s'engager. Si nous refusons d'assumer ce rôle qui est le nôtre, alors nous verrons des forces contraires aux valeurs défendues par la majorité de la population qui s'imposeront et il sera alors trop tard pour se réveiller. Comme le disait Einstein, "le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire".