Il y a des événements si terribles qu'ils transpercent une ville entière et cristallisent le même sentiment dans l'esprit de toute une population. Le dernier sur la liste s'est déroulé près d'ici, dans le quartier à côté, là où les frères Kouachi ont tué, mais aussi à Montrouge au sud et à la porte de Vincennes à l'est. Trois lieux, trois sanctuaires marqués, pour longtemps, par la terreur et le drame mais contre l'oubli. Trois lieux parisiens, trois endroits qui existent toujours au rythme des vivants.

Ce qui se passe à Boston en ce moment dans l'intimité d'un procès aurait peut-être pu se produire ici à Paris si les meurtriers de ce début janvier 2015 n'avaient pas souhaité mourir en "martyrs" échappant ainsi au jugement des hommes, mais qui sait peut-être pas à celui de Dieu.

Le 15 Avril 2013 donc, deux bombes explosent à quelques minutes d'intervalle et à seulement quelques mètres de la ligne d'arrivée du mythique marathon qui fête ce jour-là sa 117ème édition. Trois morts, des centaines de blessés et surtout ces images d'une rare violence de membres arrachés par l'explosion et des blessures de guerres produites part les shrapnels dont les bombes étaient remplies.

L'effroi s'est abattu brusquement murant les habitants dans la douleur, mais la capitale du Massachusetts n'est pas au bout de ses angoisses. Car après le choc place à la panique et à la traque, la ville prépare sa chasse à l'homme sur le terrain et sur internet: qui sont les auteurs de ces actes ignobles ? Où se cachent-ils ? S'agit-il de ces deux hommes à casquettes et sac à dos ? L'enquête répond que oui. Ils sont identifiés comme deux frères, d'origine tchétchène, inconnus des services de police et résidant aux #Etats-Unis depuis 10 ans. Des réfugiés politiques. Après une fusillade sur le campus de l'université MIT et la mort de l'ainé, Tamerlan 26 ans, Boston est sous un couvre-feu étouffant car le plus jeune est en fuite. La ville fantôme va pouvoir respirer quelques temps plus tard: sous la bâche d'un bateau, Dzhokhar Tsarnaev est retrouvé, il se rend le visage en sang à la police, il a 19 ans.

Voici la genèse de ce procès tant attendu par une ville toute entière, un procès compliqué pour le juge en charge du dossier et pour les avocats de la défense déterminés à faire éviter à Dzhokhar la peine capitale. En effet, ici la présomption d'innocence ne semble plus avoir sa place, pour Boston il est coupable la question n'est pas là, ce qui agite c'est la punition: la peine de mort est-elle ici inévitable ?

Car même si le Massachusetts a aboli la mise à mort de ses prisonniers les plus dangereux, le dossier devenu fédéral n'y échappe pas. Si le procès a lieu dans cette ville qui porte toujours les stigmates de ce jour, l'impartialité et l'objectivité des jurés peut-être questionnées: est-ce possible de trouver des individus qui n'ont pas déjà, dans leur tête, condamné Dzhokhar Tsarnaev ?

Et pour contrer cette possibilité d'une issue funeste au jeune homme, ce dernier s'est entouré d'une équipe de titan du barreau, la crème de la crème des "défense attorneys"; trois personnalités dévoués à son cas. Parmi eux figurent Judy Clarke, une figure emblématique, connue pour avoir négocier les peines d'emprisonnement de Zacarias Moussaoui, un des cerveau du 11 septembre, et plus récemment Jared Loughner auteur d'une tuerie dans l'Arizona, les faisant échapper à la peine de mort à chaque fois.

Persuadés qu'il faut déplacer le procès à l'extérieur de la ville, les avocats de Tsarnaev ont échoué plusieurs fois à faire accepter leur requête. N'ayant plus le choix ils vont alors devoir se servir de tous les moyens permis pour lui éviter l'exécution: un procès fleuve s'annonce pour le jeune homme. Car si elle a débuté il y a presque un mois, la sélection des jurés est loin d'être achevée car la défense scrute et n'hésite pas à utiliser tous les prétextes possibles pour refuser des jurés potentiels. Ces derniers, ces possibles jurés, eux, se pressent pour faire parti de "leur" procès, car le drame est bien là: la plupart des bostoniens auditionnés ne sont pas seulement citoyens, la plupart se considèrent comme des victimes collatérales des frères Tsarnaev. Et une "victime", elle, ne peut pas juger son bourreau.

Toute l'énergie de la défense va alors être de dénoncer la difficulté de faire ce procès ici et maintenant: "Seule une préparation adéquate permet un procès juste. Et nous sommes dans une situation où Mr Tsarnaev a beaucoup moins de temps pour se préparer que la grande majorité des accusés qui risquent la peine de mort" avait écrit la défense du jeune homme au juge Georges O'Toole. Sans succès pour le moment. Des attentas de Paris, à la tempête de neige, à des tweets évocateurs ou une réponse hésitante, tout événement perturbateur ou pouvant créer un soupçon d'influence néfaste est présenté au juge dans l'espoir de ralentir le processus, et de pouvoir construire à temps une défense solide.

Le dernier argument brandit par les avocats de l'accusé concerne un tweet montrant un inconnu déblayant la ligne d'arrivée du marathon jusqu'alors recouvert d'une neige épaisse. Largement relayée sur les réseaux sociaux cette photo est pour la défense de Tsarnaev le symbole d'une ville dont le deuil ne se finit pas et qui par conséquence n'est pas prête à juger son meurtrier. #Terrorisme