La célébration de la 49eme édition de la fête de la jeunesse sous le thème "Jeunesse et préservation de la paix pour un Cameroun émergent" offre une occasion de plus de rappeler la responsabilité des jeunes dans le développement et la construction du leadership de ce pays. Mais avant un tel rappel, un diagnostic sans complaisance s'impose.

Ce diagnostic doit prendre en compte la conjoncture sécuritaire dans laquelle se trouve le Cameroun. Notamment la crise sécuritaire orchestrée par les assauts répétés de la secte islamiste Boko Haram qui menace l'intégrité nationale et met à l'épreuve la vaillante armée qui y combat avec détermination.

Le chef de l'Etat, à l'occasion de son allocution du 10 février dernier, a essayé de se livrer à sa manière à cet exercice de diagnostic. Mais l'analyse qu'il livre soulève plusieurs interrogations.

L'emploi des jeunes au Cameroun

Le président Paul Biya présente un bilan, certes chiffré, du nombre d'emplois créés. Ces chiffres, dont on peut d'ailleurs questionner la plausibilité, laissent de nombreuses questions sans réponses: dans quels secteurs particuliers de l'économie ces emplois ont été créés? Combien en fallait-il? Quelle est la proportion des jeunes nouveaux employés qui évolue dans une situation de précarité? Combien parmi eux disposent d'un emploi décent?

C'est donc le sentiment de n'avoir aucune réponse à ces questions qui nous amène à nous demander s'il ne serait pas plus pertinent de choisir d'autres indicateurs comme ceux du taux de chômage et du taux de sous-emploi pour apprécier l'évolution de l'emploi des jeunes au Cameroun. Aussi, ne faudrait-il pas s'interroger sur le nombre d'emplois perdus au cours de la même période et faire le ratio avec le nombre d'emplois créés avant de se féliciter d'une progression?

Le président de la République dans la suite de son analyse reconnaît la nécessité d'accompagner les jeunes et de professionnaliser leur formation pour pouvoir obtenir des profils qui répondent aux standards d'une économie industrialisée. Il souligne l'urgence de cette initiative en se posant la question suivante: "Comment faire, me demanderiez-vous, quand il y a urgence, et que par nature, la jeunesse est impatiente?"

Mais à cette question pertinente, la solution préconisée ne prend manifestement pas la mesure de l'urgence qu'il a lui-même souligné en amont. Inviter son gouvernement à "poursuivre", et non pas à accélérer, une action qu'il a engagée depuis des années, dénote-il vraiment d'une volonté de répondre à l'urgence qu'il a relevé? Ne faudrait -il pas s'interroger même sur l'efficacité de ces structures et programmes montés pour accompagner les jeunes et professionnaliser leur formation? Quand on sait que tout ce que le gouvernement entreprend sans urgence ne conduit généralement à aucun résultat, que peut-on attendre d'un programme d'urgence? Puisque jusqu'ici, les résultats se font encore attendre des promesses préalablement faites.

Sécurité nationale

Conscient de la volonté de changement qui anime chaque jeune camerounais, le chef de l'Etat adopte la posture du père de famille qui alerte ses enfants contre une menace: la menace de "désunion" et de "déstabilisation" qui viendrait des "oiseaux de mauvais augures" et des "marchands d'illusions". A qui fait-il référence? S'agit-il de ses adversaires politiques? Si oui, la divergence d'opinions serait-elle désormais considérée comme un acte de trahison et une volonté de déstabilisation de notre pays?

Les camerounais devraient-ils cesser de dénoncer les injustices parce que le contexte de guerre ne se prête pas à cet exercice et exige de taire toute désapprobation de la politique mise en œuvre? Ne s'agit-il pas là encore d'infantiliser la jeunesse camerounaise, de la considérer comme irresponsable et incapable de discerner ce qui serait bien pour son pays? Le simple fait de demander aux jeunes de ne pas se laisser "instrumentaliser" est un aveu de l'échec du système d'éducation mis en place, car cela indique que le jeune ne peut plus penser par lui-même et que le système académique qui est sensé lui donner les outils pour se forger sa propre opinion des choses à une fois de plus failli.

Par ailleurs, ce jeu de mots aurait-il pour but d'intimider les jeunes, de susciter la peur chez tous ceux qui manifesteraient le besoin d'apporter un projet de société alternatif pour le bien des populations?

Les jeunes, des leaders responsables qui se doivent d'agir!

Mais cela ne doit pas enlever en chaque jeune camerounais le rêve qu'il nourrit, les idées et idéaux qu'il défend et les choix courageux qu'il fait pour son avenir. La jeunesse doit agir pour garantir son avenir.

Et aux jeunes qui pensent qu'aucune perspective positive ne peut se présenter, ils doivent savoir que rien n'a été fait jusqu'à présent et que tout dépend de l'initiative de leur action.

C'est sans doute là, la véritable mission de la jeunesse camerounaise. "Agir avec détermination pour rompre le joug de l'immobilisme et faire bouger les lignes". Ne plus rien attendre mais prétendre et réclamer son dû. Le sort réservé aux jeunes soldats tombés au champ de bataille défendant l'intégrité nationale, illustre à suffire que les préoccupations des jeunes ne soient pas une priorité pour ceux qui dirigent.

La jeunesse constitue la force du changement, si les priorités des jeunes ne font pas partie de l'agenda de ceux qui dirigent, les jeunes doivent eux-mêmes écrire leur avenir dans l'action.

Et pour réaliser cet ambitieux projet, la jeunesse dispose de ressources énormes. D'abord, comme couche majoritaire de la population, mais aussi en tant que force de travail et force intellectuelle, la jeunesse camerounaise représente la force du changement. Chaque jeune camerounais, qu'il soit du nord, du sud, de l'ouest, de l'est, ou du centre, porte en lui l'idéal d'un Cameroun qui prend en compte les intérêts des camerounais. Un Cameroun débarrassé de la mal-gouvernance, un Cameroun qui prend en compte les intérêts de la jeunesse, un Cameroun qui consulte les jeunes avant toute prise de décision, un Cameroun qui intègre les jeunes dans les instances de décision.

Cameroon Ô Bosso, une organisation des jeunes qui agissent!

Une organisation citoyenne, Cameroon Ô Bosso, offre aux jeunes Camerounais de tous les horizons, des formations afin de leur permettre de s'informer, se former, s'organiser et agir pour leurs intérêts.

Ainsi, les jeunes doivent laisser derrière eux les promesses vaines de tout ordre et s'offrir l'avenir qu'ils désirent. Il est urgent pour la jeunesse camerounaise d'aller de l'avant, de se prendre en main et d'agir.

Agir, c'est s'intéresser aux affaires de sa société, c'est s'informer et se former, c'est mener des actions pour réclamer ce qui lui revient de droit.

Cameroon O'Bosso, dans son champ d'action, renforce la citoyenneté et les capacités des jeunes pour qu'ils aient tant une intégration politique que sociale. Le mensonge de "la politique aux politiciens et l'école aux écoliers" n'est plus d'actualité car comme le disait Um Nyobe, "Tout est politique, et tout s'encadre dans la politique… La politique touche à tout, et tout touche la politique. Dire que l'on ne fait pas de politique, c'est avouer que l'on n'a pas le désir de vivre". Le changement nait de l'action, alors osons inventer notre avenir.
#Facebook #Internet