La question de la responsabilité des forces alliées déployées en Irak à partir de 2003, et notamment des divers gouvernements américains qui se sont succédés depuis, dans la genèse et l'ascension du groupe EI, ne peut être traitée à la légère. Elle ne peut, non plus, faire l'objet de réponses catégoriques, nettes et tranchées.

On peut espérer que dans un avenir pas trop lointain, la gestion catastrophique de l'après-guerre fera l'objet d'enquêtes assez sérieuses pour que les plus hautes autorités qui sont responsables du chaos en Irak soient condamnées. Cependant, dénoncer les coupables, ou ne serait-ce même qu'y prétendre, n'est pas du plus grand sérieux. Ne pouvant rien faire par-dessus ce simple constat, on ne fait que se conforter dans son bon droit, se faire valoir aux yeux des autres et aux siens propres. Ce faisant, on n'arrange rien, on ne fait rien mais l'on se conforte. Ce n'est pas suffisant. Toutes ces questions sont trop complexes pour faire l'objet d'un traitement expéditif. Ce ne sera donc pas mon propos ici.

Le site d'I24 news annonce que le président #Barack Obama s'est exprimé ce mercredi 11 février au Congrès et souhaite l'intervention des forces spéciales dans les sables d'Irak, si cela s'avérait nécessaire. S'il affirme que la coalition dirigée par son gouvernement contre les forces de Daesh est bien à l'offensive, il écarte cependant, d'après le journal, toute intervention terrestre d'envergure. Il est ainsi confiant dans la défaite de l'#Etat Islamique ; celle-ci serait, apparemment, inévitable. Ceci étant à retranscrire dans le contexte de sa déclaration : il venait soumettre au Congrès la prolongation des frappes aériennes contre Daesh, sans intervention terrestre majeure.

Selon les faits, il y a eu 2 000 sorties aériennes contre les islamistes depuis août dernier. Elles n'ont pas su empêcher les malheureux évènements, particulièrement celui du pilote jordanien. Bien que les kurdes combattent l'EI aux côtés des Américains et que l'on parle d'une mobilisation terrestre arabe - ce qui semblerait à la fois la solution la plus économique et la plus logique - la vision que les Occidentaux ont de ce conflit, est particulièrement problématique.

Tout d'abord, l'on pensait pouvoir se débarrasser de Daesh via la seule arme aérienne. On voyait ainsi que la doctrine américaine de l'Air Land Battle, qui avait connu son baroud d'honneur lors de la Deuxième Guerre du Golfe en 1990-91, n'était pas encore complètement passée de mode. Certes, cette conception opérationnelle qui date de la Guerre Froide avait, d'une certaine manière, fait ses preuves. Conçue pour semer le désordre et la mort dans les rangs des immenses armées du Pacte de Varsovie, compensant ainsi la criante infériorité numérique et matérielle des forces de l'Otan, à la fois en exploitant le seul avantage que l'on avait (la supériorité aérienne) pour l'attaque directe, et pour confondre l'adversaire en frappant ses centres nerveux, l'Air Land Battle répond aux besoins d'une époque et d'un contexte précis. Mais elle n'avait jamais pu être testée dans les faits, jusqu'à l'invasion du Koweït par Sadam Hussein. Son brillant succès pouvait laisser croître le mythe suivant : tout se déciderait depuis les airs et les forces terrestres ne feraient que consolider un triomphe déjà acquis.

On sait que les guerres récentes contre le terrorisme, en Afghanistan (2001) et en Irak (2003), étaient déjà venues tempérer cet enthousiasme. Rien n'y fait ; les commandements se succèdent, tentant de résoudre ces problèmes complexes. La bataille de Faloudjah en 2004 et les difficultés de l'Otan contre les talibans ne laissaient pas d'autre choix que de constater que la simple mise en place de matériels toujours plus sophistiqués, et l'intervention d'avions et d'hélicoptères, ne suffisaient pas à garantir la victoire. L'engin ne peut remplacer l'homme, qui reste l'enjeu principal de la guerre ; que ce soit dans le pur contexte militaire ou plus généralement dans le cadre politique dans lequel elle venait s'insérer.

La leçon aurait dû porter. Or, Obama parle encore d'éviter un engagement militaire massif. Cela semble être sage et constituer même la seule solution. L'Occident aurait-il enfin compris qu'il ne gagne rien à s'immiscer trop franchement dans les questions complexes qui troublent le Moyen-Orient ? Pourtant, le fait est que Daesh, qui d'ailleurs dispose en partie de matériel américain qu'il a récupéré, est bien l'enfant maudit, le golem de l'intervention militaire alliée. Le chaos d'où il a germé est venu de Washington et de Londres et a été décidé dans ces cabinets. Et s'ils ont su renverser Saddam Hussein, ils n'ont pas été capables de le remplacer intelligemment et durablement, d'où leur départ un rien honteux dix ans plus tard. L'Occident a donc sa responsabilité dans les évènements tragiques qui secouent depuis la région. Il est assez irresponsable de sa part de s'en remettre aux gouvernements turc ou jordanien, ou encore à l'Arabie Saoudite et au Qatar, pour engager les forces terrestres indispensables pour réduire Daesh. En fait, n'y a-t-il pas dans cette mentalité un refus de la réalité de la guerre ? Ou une volonté de virtualisation en la réduisant au maximum à quelque chose proche d'un jeu vidéo et de la simplifier ?

Nos sociétés fatiguées et frileuses se permettent encore de s'engager quelque part, mais refusent, lorsque l'addition se présente, de payer les pots cassés. Grave incohérence et manque de sérieux de la part d'Obama. Comme s'il ne pouvait pas entièrement assumer l'engagement de son prédécesseur. Pourtant, il faudra bien, un jour ou l'autre, que l'on s'attaque frontalement aux djihadistes, et qu'à des hommes, on oppose des hommes. Non seulement pour gagner la guerre mais aussi une paix durable et profitable aux peuples de la région.  #Etats-Unis