Depuis deux jours, je suis à Bruxelles... Grâce à internet, je communique avec les miens pour des raisons familiales et professionnelles. Je suis logé dans un hôtel proche de la station de métro Montgomery. J'ai découvert Matonge par hasard... Ce quartier est situé à la Porte de Namur ou Naamsepoort en flamand (car ici pour des raisons d'équilibre bilinguistique, les lieux et les places se déclinent en français, en anglais mais surtout en flamand). Pour qui connaît les tensions entre Wallons et Flamands, on n'est pas étonné de cette déclinaison dans une double langue pour désigner les places, les lieux et les villes.

Matonge est un quartier situé à la Porte de Namur qui, depuis les années 50 et ensuite après l'indépendance de la République démocratique du Congo, est considéré comme le quartier où l'on trouve à Bruxelles la plupart des immigrés africains, et surtout congolais. On y vend ce que l'on appelle traditionnellement des produits africains: piments, ignames, patates douces, etc.

Matonge a connu ses heures de révoltes dans les années 2000 (problèmes de délinquance) et 2010 (oppositions violentes entre partis politiques congolais de Kinshasa ayant des représentants en #Belgique).

Aujourd'hui, Matonge apparaît comme un modèle de pacification raciale. On trouve plus de mixité à Matonge, qu'à Château rouge à Paris dans le 18ième. Les populations mixtes y sont plus importantes et on y déjeune en famille dans un quartier où certaines rues sont piétonnes et interdites aux voitures. On n'y voit aucune force de l'ordre, il n'y a pas de car de CRS stationné en bout de rue comme c'est souvent le cas à la sortie du métro Château rouge dans le 18ième à Paris. Les rues sont propres, ce qui tord le cou à l'idée répandue selon laquelle là où il y a une concentration d'immigrés, la propreté est douteuse et on trouve plus facilement au sol des détritus. C'est vrai à Barbes et à Château rouge dans le 18ième, c'est faux à Matonge. On peut noter que l'influence de l'Europe du Nord est très forte sur un pays comme la Belgique en matière de propreté, même chez les Wallons qui sont d'obédience francophone.

La plupart des commerces à Matonge sont comme à Barbes et à Château rouge: malgré un nombre élevé d'Africains, ce ne sont pas eux qui tiennent les restaurants et les commerces les plus importants, ils n'y sont que salariés. Dans la restauration, ce sont les Belges, dits de souche, surtout flamands (comme dans d'autres activités en Belgique), qui sont propriétaires. Alors qu'à Barbes, la plupart des restaurants sont tenus par les Africains eux-mêmes, restaurants dans lesquels ne vont que des Africains. Si la mixité est la règle, car cela se voit à Matonge, à Château rouge on reste dans l'entre-soi malgré les discours politiques en France sur la mixité, le mélange et la diversité.

J'éprouve le besoin de faire cette comparaison Matonge/Château rouge pour montrer comment le discours est perverti en France dans des enjeux de type politicien. Je n'ai pas la prétention de relater une réalité concrète car je n'ai fait ni statistiques, ni enquête d'opinion et je fonde mon raisonnement sur un sentiment. Ce sentiment est forcément discutable mais c'est toujours intéressant de regarder in vivo comment les populations vivent sur un territoire, fut-il étroit, pour essayer de comprendre leur histoire. C'est vrai, le Congolais d'origine que je suis, vivant depuis une quarantaine d'années en France, dont une partie de ma vie dans le 18ième arrondissement Porte de la Chapelle, constate que rien ne change à Château rouge, même si la mairie de Paris entreprend une vaste entreprise de rénovation immobilière à Barbes et à Château rouge pour mieux insérer les populations.

Je salue la douceur de vivre et la propreté de Matonge et je conseille à tous mes compatriotes français qui peuvent avoir la chance de séjourner à Bruxelles pour y manger du poulet Mafe, du poulet à la Mouambe, du Thiep (poulet avec aubergines rouges et riz), du Tilapia (braisé ou frit): des mets moins chers qu'à Château rouge, plus copieux; des mets africains quoi, et à Matonge bien sûr. #Afrique