Je vous écris car, issu d'un milieu populaire et analphabète, c'est l'école de la République non idéologisée qui me permet de communiquer avec vous. Les contraintes d'apprentissage, la volonté de réussir nous ont permis à moi et à d'autres d'être là en face de vous. On peut douter aujourd'hui des missions de l'école sur les enfants des milieux populaires analphabètes. Faut-il un collège unique ou diversifié ? Les deux options ont leurs avantages et leurs inconvénients dont il faudra un jour débattre sans idéologie.

Toutes les enquêtes d'opinion sur les résultats de nos élèves montrent que l'école de la République au plan national, comme au plan international, connait des difficultés. Ces difficultés sont renforcées par des débats idéologiques nombreux autour de l'école. Les points de fracture sont nombreux : illisibilité des programmes, incohérence de ceux-ci, militances soit pour une école égalitaire soit pour une école d'excellence, autonomie des professeurs par rapport à l'autorité des proviseurs sur la répartition des heures par matières, introduction du numérique et ouverture ou non de l'école aux parents d'élèves (ce qui est à peu près accepté), malaise ou non des profs qui se sentent déconsidérés socialement malgré un nombre élevé d'années d'étude et des concours réussis (agrégation, CAPES). Certains professeurs se plaignent de leurs salaires trop faibles comparés à ceux de l'entreprise.

Le constat n'est pas exhaustif. D'aucuns pourront toujours introduire d'autres facteurs explicatifs. Pour ma part, je souhaite aborder un angle très peu connu par les professeurs et la société. Est-il possible de concevoir une école dépourvue d'idéologie ? On me répondra que je suis naïf car l'école et l'idéologie structurent un choix politique et donc une société. Est-il possible dans notre société de sortir de cette bagarre école privée/école publique pour structurer une école réellement républicaine ?

Tout le monde a le mot républicain à la bouche, mais personne ne veut faire triompher cette école républicaine à construire, non sur un encyclopédisme et une totalité comme peuvent souvent le faire les programmes, mais bel et bien sur une globalité qui retient trois ou quatre thèmes dans chaque discipline pour structurer la pensée pragmatique et intellectuelle de nos élèves.

Il ne s'agit pas d'appauvrir la pensée et encore moins de livrer nos élèves au marché et aux idées libérales tous azimuts, mais de choisir et de renforcer trois ou quatre items dans le domaine de l'innovation, de la création, de l'art, de la littérature, de l'histoire, de la géographie, etc., en essayant de faire de ces matières des matières uniques mais aussi articulées avec les autres domaines. De plus en plus souvent les professeurs entre eux ne discutent pas de leur profession de manière globale et restent cloisonnés dans leurs disciplines respectives. Ils entrent dans leur discipline après la réussite à un concours et en sortent à la retraite. Certains d'entre eux essaient d'aller respirer ailleurs grâce à des stages de formation, grâce à des années sabbatiques, voire en sortant de la discipline pour changer d'orientation professionnelle.

On dit de notre pays que c'est un territoire de pensée. On attend qu'il soit pragmatique pour qu'il débarrasse l'école de ses scories idéologiques. J'ai le droit de rêver les yeux ouverts. #Education