Je ne suis ni Aymeric Caron, éditorialiste dans l'émission de Ruquier « On n'est pas couché » sur France 2, et encore moins un de ces journalistes relativistes pour lesquels tout se vaut et que fustige Caroline Fourest. Je n'ai pas lu « Eloge du blasphème », livre écrit par Caroline Fourest. Je ne le lirai pas car il suffit de l'écouter sur les ondes pour comprendre la thèse qu'elle défend.

Ce jeudi 7 mai, Caroline Fourest a précisé un peu plus sa pensée dans l'émission du journaliste Quatrepoints sur Europe 1. L'auteure de "l'Eloge du blasphème" estime que le blasphème est indispensable dans une société démocratique dans laquelle on peut rire de tout, même de Mahomet dans une position inconvenante pour les musulmans, même de Jésus Christ ou de la Vierge Marie. Très bien, on peut rire de tout, même de la sodomie du prophète Mahomet. En revanche, Caroline Fourest interdit à Dieudonné d'utiliser la shoah, l'esclavage et la colonisation comme objet de dérision aux motifs que Dieudonné outrepasse sa mission de comique et s'installe dans une posture d'antisémite. L'auteure a le droit de dire ce qu'elle dit concernant les approches différentes entre les caricatures sur Mahomet et le discours sur l'esclavage et la shoah.

Elle reproche à certains journalistes d'insister sur le relativisme des faits, posture dans laquelle tout se vaut, et introduit la posture d'un laïcisme absolu dans lequel il y aurait des faits majeurs (shoah, esclavage, colonisation) et des faits mineurs (caricatures contre les icônes et symboles religieux). Elle va plus loin en disant qu'il y a un journalisme de l'essentiel distinct de celui de l'anecdote. Fourest, intelligemment, va saisir l'émotion des personnes qui l'écoutent pour mieux exposer sa pensée.

Ces faits ainsi résumés montrent que l'auteure est une femme intelligente qui a travaillé à #Charlie Hebdo, qui en est partie dès lors qu'elle a eu une chronique au Monde et qui nous serine la chanson d'un laïcisme radical et absolu sans prendre la précaution d'analyser les faits au fond et de leurs conséquences sur les personnes concernées, en l'occurrence ici les croyants. L'auteure doit regarder la société française en face qui se transforme devant elle et qui est devenue, même si les politiques s'en défendent, multiculturelle et nécessite des outils et des arguments d'analyse différents de ceux qu'elle utilise. Je pense que Fourest n'est pas d'accord avec cette position au nom d'un laïcisme absolu et de différenciation. Ce laïcisme de différenciation est utilisé intelligemment pour montrer du doigt ceux qui ne veulent pas rejoindre son laïcisme absolu et radical.

Je suis pour la laïcité, mais pas à la manière de Caroline Fourest qui vise à séparer les bons et les mauvais laïcs. L'auteure est totalitaire au nom de son laïcisme absolu quand elle estime que le 11 janvier ne peut pas être analysé différemment, alors qu'elle prétend être l'égérie de la liberté d'expression. Madame, vous n'avez pas le monopole de la vérité ni celui de la pratique de la laïcité, mais vous avez le droit de vous exprimer sans tromper ceux qui vous écoutent et qui n'ont pas, comme certains d'entre nous, la maitrise de l'analyse des mots et des situations. Madame, soyez plus calme et plus posée, le débat sur la laïcité gagnera en intensité et permettra à nos compatriotes d'en comprendre les éléments d'explication, les controverses et les situations de compromis social.