L'objectivité est souvent présentée comme une vertu. Etre capable de juger une chose sans que notre jugement ne soit altéré par nos ressentis ou notre point de vue personnels serait aujourd'hui la meilleure preuve d'une honnêteté intellectuelle et d'une recherche de vérité que l'on érige en quête. En somme, être objectif serait le meilleur moyen de ne pas dire de bêtises et de ne pas être malhonnête.

Pourtant, à y regarder de plus près l'objectivité en tant que telle n'existe pas à proprement parler, au mieux est-elle un idéal. En outre l'idéal que représente l'objectivité est-il réellement une bonne chose si on l'applique au domaine du journalisme ?

En tant que sujets pensants nous ne pouvons pas être objectifs

« Objectivement je pense que… », « En étant objectif, je trouve que… », autant de formule qui semble affirmer l'objectivité de la personne s'exprimant. Néanmoins, cette objectivité n'est qu'affirmée et n'est en aucun cas la réalité. Ces deux formulations symbolisent à elles seules l'impossibilité d'être objectif : à l'affirmation d'objectivité succède le pronom je qui renvoie nécessairement à un sujet. Ainsi, un sujet ne saurait être objectif puisque pour l'être il faudrait que celui ne soit plus sujet. Finalement pour qu'une réelle objectivité se mette en place, il faudrait que le sujet existe au sens grec du terme (ek/sistere : se tenir hors).

Aussi l'objectivité n'existe-t-elle pas et notre vision du monde est toujours influencée par notre point de vue, notre éducation ou nos ressentis personnels. Schopenhauer l'avait déjà très bien montré dans Le Monde comme Volonté et comme Représentation. En d'autres termes, l'appel à l'objectivité est plus un appel à la pondération et à la mesure qu'un appel à une réelle objectivité, qui elle est impossible.

Les médias qui tendent vers l'objectivité, vraiment une bonne chose ?

Cette mesure et cette pondération est de plus en plus pratiquée par les médias. D'aucuns pressent même les médias à adopter cette posture. Cette tendance me semble néfaste et conduit à ce que j'appelle le syndrome AFP : le journalisme d'opinion est de moins en moins présent dans les médias ce qui conduit à se contenter de simplement rapporter les évènements sans aucune mise en perspective ou réflexion critique sur lesdits évènements. Comme l'AFP, pour qui c'est le rôle, la plupart des médias se cantonnent à rapporter les faits ce qui aboutit à des informations creuses et sans aucun relief ou mise en perspective.

Les attentats des 7 et 9 janvier derniers on été, à ce titre, un exemple cruel pour les médias. Michel Onfray le notait bien sur le plateau d'On N'est Pas Couché, à aucun moment les différentes chaines d'info en continue ou, plus inquiétant, les journaux télévisés de 13h ou 20h n'ont mis en perspective les éléments qui leur arrivaient ou d'amorcer une réflexion plus large que la simple retransmission des interventions de police. Les éditions spéciales ont succédé aux éditions spéciales, souvent celles-ci étaient complétement vides parce qu'il ne se passait rien de nouveau et qu'il fallait bien meubler pendant ce temps.

La grogne des taxis contre Uber et UberPop et son traitement par les médias montrent aussi bien les dangers d'une recherche forcenée de l'objectivité. Les médias se sont contentés de retransmettre les violences ou les manifestations des conducteurs de taxis en colère sans jamais rentrer dans un débat plus profond que « les méchants taxis contre les gentils chauffeurs de VTC ». Quelle chaine ou quel média a élargi le débat sur l'imposition des bénéfices d'Uber ? Quelle chaine ou quel média a élargi le débat sur la numérisation de la société ? Aucun et c'est bien tout le problème de vouloir être mesuré et pondéré à tout prix, on finit par ne plus réfléchir et ne plus mettre en perspective les éléments que l'on traite. Alors haro sur l'objectivité ! #Télévision #Démocratie