Je souhaite une clarté indispensable avant de parler du #Front National car dans notre pays, parler du Front National, c’est forcément être un militant de ce parti ou adopter ses idées. Je ne n’adopte pas ses idées et ne suis pas militant du Front national, mais j’ai la prétention d’être un modeste analyste passionné de la vie des partis politiques de son pays. Au moment où la plupart des partis politiques, dits républicains, ont peur de la montée en puissance du Front National de Marine Le Pen, on peut s’interroger sur les raisons de cette peur et pourquoi on en est arrivé à cette situation. On a entendu Sarkozy, Président des LR, dire que le Front national et le Parti socialiste doivent être tenus à égale distance.

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Le Premier Ministre Valls, comme d’habitude, a dit son inquiétude d’une gouvernance d’une, de deux ou trois régions par le Front national, en demandant que le front républicain joue sa pleine mesure. Par médias et hommes politiques interposés, le PS et les LR jouent une partition ambigüe et stratégique, ambigüe car chaque parti ne veut pas perdre la face, stratégique car chaque parti attend les résultats du Premier tour pour dire ce qu’il fera au second tour.

La scène politique

Pendant ce temps, le Front national occupe la scène politique dans les médias et sur le terrain. Analyste de la vie politique, je constate que Marine Le Pen élargit sa stratégie des militants et des sympathisants vers un cercle plus large, celui des électeurs. Elle reprend à son compte les conclusions traditionnelles de l’analyse de sciences politiques des partis qui explique la réussite des partis politiques aux élections grâce à une stratégie de la maîtrise des cercles concentriques formés par les militants (premier cercle), les sympathisants (deuxième cercle) et les électeurs de tous bords (troisième cercle).

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Des thèmes

Sur le plan de la thématique, le Front national donne à voir un programme économique qui ne fait plus de la sortie de l’euro et de la fermeture des frontières l’alpha et l’oméga et de sa politique. Au niveau de l’euro, Marine Le Pen parle d’un référendum à la manière d’un Tsipras en Grèce. Le Monde du 6 novembre 2015, en page 7, explique de façon élégante cette rupture fracassante du comportement du Front national en route vers une stratégie rassurante. Alors que dans les années 1980, le discours du Front national était fondé sur des éléments de rupture (Non à l’Europe, Stop à l’immigration, Valorisation de l’identité française), en 2015 le Monde explique mieux que moi la nouvelle stratégie de Marine Le Pen, et je me permets de reprendre le titre de ce journal en conseillant aux lecteurs d’aller lire l’article : « Le FN amende son discours économique. Soucieux de séduire les électeurs de droite, le parti lepéniste met le social et la sortie de l’euro sous l’éteignoir. ». Le papier de Olivier Faye est assez instructif sur les 35 heures, les retraites, l’euro, le rapport au patron, autant de thèmes pour lesquels le Front national veut séduire les électeurs de droite, mais aussi ceux qui sont déçus par la gauche.

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Les partis

Que les partis dits républicains (PS, LR, Modem, UDI, Parti de Gauche, etc.) arrêtent de se lamenter en essayant de construire des stratégies scabreuses qui n’ont ni queue, ni tête, mais qu’ils tentent de parler réellement dans leurs programmes des missions des régions (apprentissage, lutte contre le chômage, construction des lycées, transport, etc.) que la plupart des électeurs ignorent. Une campagne régionale doit rester régionale. Il faut éviter de s’affoler dès lors que le Font national monte dans les sondages. Le problème est que certaines personnes choisies sur les listes, à gauche comme à droite et en position éligible, sont incapables de tenir un discours articulé et intelligible sur les questions économiques et sociales. Alors, c’est plus facile de taper sur le Front national, mais on peut tromper l’électeur français une fois mais pas tout le temps car il est devenu plus mature à l’heure des réseaux sociaux. #Élections #Manuel Valls