Né dans ce milieu des pieds, des sabots, des fers et des enclumes, il ne me paraissait pas imaginable il y a 30 ou 40 ans de concevoir un monde équin sans entendre le martèlement des fers sur les pavés et le bitume. Pourtant, mon père, formateur à l'école de maréchalerie du Haras Du Pin pendant presque 30 ans, évoquait cette éventualité. Ce n'était pas un voeu pieu mais un ressenti, une évolution que la technologie et les avancées techniques favoriseraient.

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L'objet de cet article n'est pas de refaire toute l'histoire depuis l'origine supposée du ferrage, relativement récente à l'échelle de l'humanité. Précisons simplement que cette nécessité partait d'un constat très simple: compenser l'usure du pied d'un cheval provoquée par le travail..

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Si l'on se reporte à ces périodes de l'histoire pendant lesquelles le cheval occupait une place prépondérante dans les déplacements et surtout dans la pratique militaire, pas de doute que le ferrage s'avérait indispensable. On imagine mal un déplacement de France jusqu'à Jérusalem, pour parler des croisades, avec des chevaux "pieds nus", ou bien des campagnes napoléoniennes effectuées elles aussi sans l'intervention du maréchal ferrant. Le ferrage du cheval partait donc d'un besoin réel et surtout d'un bon principe, voir même d'un extrême souci de veiller à sa bonne santé. La maîtrise de cet art évoluant au fil des siècles, les fers devinrent des pièces de plus en plus adaptées aux besoins spécifiques de chaque cheval. Et la ferrure orthopédique règle encore de nombreux problèmes qu'aucune autre technique ne permettrait.

 

Le cheval est le premier à qui l'on a enfoncé des clous dans le pied.

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Il est vrai que cette manière est quelque peu déroutante d'un point de vue de l'éthique animale. Les risques sont élevés pour le cheval s'il a à faire à une personne qui ne maîtriserait pas cet art. Raison pour laquelle seul un véritable professionnel dûment formé à cette pratique doit être habilité à la pose de fers, mais aussi à la réalisation des parages.

 

Le fait qu'aujourd'hui bon nombre de propriétaires optent pour les pieds nus, est dû à l'usage réduit du cheval. Depuis quelques années, on assiste à un engouement pour le cheval de loisir. On doit se féliciter de la démocratisation de ce sport, autrefois très élitiste. Mais cette passion subite a aussi ses revers : le cheval coup de coeur, genre cadeau de Noël ou présent d'anniversaire, fait passer l'animal au rang d'animal de compagnie et, à mon sens, dénature la véritable identité de l'équidé, quitte également à le priver d'une grande part de sa noblesse.

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Mais surtout, elle accroît la désinformation et favorise la naissance de petits commerces amateurs, trop amateurs. Il ne serait pas étonnant, au train où vont les choses, qu'un fabriquant de meubles propose aux midinettes un lit sur mesure pour leurs poneys ou leurs chevaux..avec rose ou bleu au choix !

 

Ces brèches exploitées commercialement par des opportunistes frôlent parfois la tragédie, et je pense en particulier à une amie (Horse Addict) dont deux poneys ont récemment fait les frais des dégâts occasionnés par un parage effectué à la disqueuse ! Comment peut-on accepter que des maréchaux ferrant, soi-disant professionnels, puissent faire des parages à la disqueuse ? À quand la "visseuse-dévisseuse" pour remplacer les clous par des vis ? J'espère ne jamais voir l'image d'un tendon déchiqueté par le dérapage d'une disqueuse.

 

Le ferrage doit rester une pratique exécutée avec un grand professionnalisme et en fonction des réels besoins du cheval. Les pieds nus sont une option qui doit être réfléchie et examinée, là aussi, avec le conseil éclairé du maréchal ferrant. Tous les chevaux n'y sont pas préparés. Enfin, il convient de ne pas se laisser emporter par une surcharge de bons sentiments : souvent, les excès affectifs entraînent des problèmes aux conséquences irréversibles.

 

Aimons nos chevaux sans retenue et soyons attentifs à leurs réels besoins, plus qu'à l'écoute de nos caprices.

  #Animaux #Hippisme #Equitation