Ah ! La France ! Lorsque l'on s'est exprimé ainsi, on a tout dit ! Le ton est donné, les yeux s'écarquillent et les sourires se font narquois. Dans la pupille du quidam on décèle la lueur des fumigènes, la clameur des sans-culottes, le crissement sinistre de la guillotine. Le symbolisme de la toile de Delacroix a déteint sur la mine ahurie du pèlerin, et on entend le martèlement des sabots du cheval de Napoléon Bonaparte raisonner sur les pavés des barricades de Mai 68. Vercingétorix lisse sa paire de bacchantes, et Saint Louis rend justice à l'ombre du prunier. Et Jeanne d'Arc, la sainte qui nous libéra des anglais dans un rêve malheureusement inachevé. Pour un peu, nous n'aurions pas eu besoin d'un référendum pour les sortir de notre belle Europe à coups de bottes. Tout un projet parti en fumée...

 

La France, première destination mondiale du tourisme...

 

Normal me direz-vous ! Quand on regarde la carte en cherchant un hexagone et que l'on trouve quelque chose qui ressemble vaguement à cette figure géométrique, on s'aperçoit qu'il est situé de telle manière qu'une myriade de pays sont contraints de le traverser pour se déplacer lors des migrations estivales. Le Belge qui prend la route à destination de la Méditerranée se retrouve fiché comme touriste, alors qu'il ne fait que passer. L'anglais qui file en Italie boire son café au lait intègre directement les statistiques flatteuses du Ministère du #Tourisme, et l'espagnol en visite dans sa famille immigrée pour fuir le régime franquiste il y a des lustres, se fait coiffer d'une casquette "I love Paris". Et si l'on pense à tous les français originaires d'un pays étranger recevant un membre de leur famille pendant l'été, pas besoin de consulter les statistiques.

 

Ce qui est notoire, c'est que la France a bien des difficultés à se projeter au vingt et unième siècle. Pas facile d'avancer un pied dans le siècle des lumières et l'autre en 2016. Alors que la monarchie en a perdu la tête, notre président se pavane dans les salons dorés de l'Élysée. Remarquons au passage que ce cadeau du roi à sa favorite sied bien à l'hôte actuel, si porté sur les histoires à l'eau de rose et les billets doux. Quant aux ministères, aux grandes institutions, on ne fait pas dans le détail : hôtels particuliers en veux-tu, en voila ; monuments couverts d'or et de peintures de maîtres.

 

Mais attention ! Il ne faut pas se méprendre car nous sommes bien en 2016, et le pays est aux mains des socialistes, les fougueux combattants du "nivellement par le bas", les bonnes âmes dévouées au bien-être du peuple, ceux qui, alors qu'ils n'étaient pas sortis de l'âge de l'acné, ont tous exprimé leur profond patriotisme par le collage d'affiches, se lançant corps et âme dans la quête du bonheur pour tous. La France, pays de contrastes saisissants, terre du fromage et des paisibles troupeaux de vaches paissant à l'ombre des centrales nucléaires. Terre de liberté et d'espoir que l'on prend soin de parquer en bord de mer (vers Calais par exemple...), dont l'air vivifiant et requinquant a des effets reconnus depuis des années.

 

Et c'est pour cela qu'on aime la France. De toute manière même si on ne l'aimait pas, on ne pourrait pas s'en passer. On est obligé d'y passer et même souvent obligé d'y rester... faute de carburant ou pour cause de grèves des transports. Bienvenue dans le plus grand musée vivant ! #Démocratie #Paris politique