La solitude appartient à notre être. Nous sommes littéralement jetés au monde. Notre naissance est cet acte qui nous arrache à la fusion. Dans le même temps, autrui, celui qui est mon autre, est là. Nous surgissons dans la solitude et tout en nous est en relation avec ce monde de la présence d'un autre corps, et surtout d'une autre parole.

 

La solitude de mon existence est douloureuse si elle manque l'autre. Elle est même alors tragique. Le théâtre de Sophocle est le récit de ces échecs de nos rencontres. Oedipe, face à l'énigme que lui pose le Sphynx, est dans l'illusion. Il croit savoir. Il répond vite. Qui a quatre pattes, puis deux, puis trois...Il répond sans sourciller. Ce ne peut être que l'homme selon lui. L'homme ramené ici à un corps, une déambulation.

 

L'homme sera ce qu'il en montrera : la précipitation, l'absence de réflexion, l'absence de relation à l'autre. Il rencontre et il tue : ce sera son père, puis la bête innommable qui en fera l'époux d'une femme qui n'est autre que sa mère, sa mère mettra fin à ses jours...et lui-même à ce jour que lui offre la vision de son regard sur le monde.

 

Oedipe découvre alors que la nuit porte la vision, la compréhension, la rencontre de l'autre. Jusqu'alors il était pris dans ce repli sur l'identique : lui, sa filiation, le même, la logique froide de l'identité. Oedipe, c'est l'histoire de notre condition humaine, dans sa difficulté à s'ouvrir à la réelle rencontre de l'autre, ce mouvement qui échappe à la fixation de notre être.

 

Nous éprouvons du plaisir à la rencontre du fugitif, de l'éphémère. Je suis à la lisière de la forêt. Je croise un chevreuil. Mon enthousiasme est à la mesure de la promesse de ce que j'entrevois : l'énigme de la présence mouvante de cet autre. C'est ce que n'avait pas compris Oedipe à la question du Sphynx : l'énigme n'a pas de réponse. L'homme reste énigme. Il répond "l'homme", sans comprendre qu'il s'agit d'une ouverture à une attente. L'homme n'est pas que celui qui marche. Sa marche est orientée vers le mystère de la rencontre. Il y a une liberté de la déambulation humaine qui est bien plus que la fatalité d'une loi naturelle. Certes, j'ai des jambes, mais pour aller où ?

 

Plaisir de la rencontre avec l'énigme qui m'ouvre à la compréhension de l'autre avec qui j'établis une relation. Alors, j'échappe à la solitude de mon être.

 

Pour aller plus loin :

Lire, ou faire son entrée au monde de la culture

A Louvain on a fêté L'Utopie de Thomas More

Trois mots. Liberté, égalité, fraternité #Grèce #Mythe