Drôle de titre que cette lettre circulaire de l'Express Emploi de la fin Avril 2016 - "Le #Québec recrute à Paris : plus de 500 postes à pourvoir". Drôle parce qu'il faut réellement être tordu pour dire à sa jeunesse, surtout sa frange la plus instruite, surtout la plus mobile, que son avenir est ailleurs. Drôle parce que c'est une institution médiatique comme l'Express qui en fait quasiment sa ligne éditoriale. Drôle… non ce n'est pas drôle quand une société se vide de sa jeunesse, qui est par définition, sa classe de population la plus dynamique. C'est un signal fort que dans l'Hexagone, tout ne tourne pas rond, malgré une certaine circularité dans sa géographie orientée Paris. Bon, on ne fera pas ici, le panorama de tout ce qui ne va pas en France, certains s'en chargent allègrement, de gauche à droite et aux extrêmes, et avec beaucoup plus de compétences que les miennes.

 

Ce qui m'a rappelé que lors d'un d'un passage récent à Paris, nous étions en attente d'un feu vert lorsque j'ai entendu deux jeunes Françaises, 20 – 30 ans, discuter de la difficulté de se trouver un boulot décent et stable. J'ai alors interrompu ces dames, lesquels m'ont alors regardé comme un Barbare, pour leur dire de mon accent qui n'en est pas un pour moi, un seul mot : "Montréal". Et l'une des deux jeunes filles de me répondre, convaincue, avec l'accord tacite de l'autre : "Je viens justement de prendre des infos sur le sujet". Et le feu est tombé au vert et ces jeunes filles, indifférentes à mon charme quinquagénaire, se sont éloignées dans le flot des passants. Conclusion : Quand tu penses à partir, tu n'es peut-être pas parti, mais tu es déjà ailleurs, même si en bout de piste, tu décides de rester.

 

Tout ça pour vous dire que des Français, dans les rues de Montréal, il y en a maintenant de plus en plus. Tellement que dans le centre-ville, là où habituellement nous entendions parler anglais, il y a souvent des pointes d'accent français. On peut estimer, selon différentes données que j'ai consultées, que seulement pour le Québec, la France nous livre annuellement plus de 3 000 personnes instruites, jeunes et dynamiques. Si on inclut alors le reste du Canada, les Etats-Unis dont New York et surtout, l'Asie et l'Australie, alors c'est la saignée. D'ailleurs, dans ma propre ex-entreprise, l'accent français est devenu banal. Bref, il n'y a pas que les grandes fortunes et Depardieu qui veulent quitter la France, c'est généralisé. Ce n'est sûrement pas l'expression de la joie de vivre à la française.

 

Alors chère France, moi qui vis dans un pays du Québec vieillissant. Moi qui vis dans une petite ville de banlieue éloignée de Montréal, mais dont la population vieillit plus vite que la moyenne québécoise et qui au demeurant, décline. Merci beaucoup ! Mais chère France, je te dirais que parmi l'ensemble des problèmes que tu as, ne laisse pas ta jeunesse fuir, c'est comme si tu t'auto-saignais de ton énergie la plus vitale et je sais de quoi je parle. Chère France, si ta jeunesse se voit un avenir ailleurs, comme mes ancêtres français venus en Nouvelle-France, tu es en sérieux problème. Si cela t'a permis de nettoyer tes écuries de 1534 à 1760, cela risque maintenant de te lessiver complètement.

 

Gardons le sourire ! Et chantons la Marseillaise en coeur : "Allons enfants de la Patrie, allons nous faire voir ailleurs".

  #Immigration #Chômage