Lorsque je me suis réveillé ce matin avec le chant des oiseaux, confortablement installé dans mon duvet, à deux pas de ma jument que j'entendais brouter l'herbe grasse, je me suis fait à l'idée que le bonheur devait être une quête individuelle et peut-être même égoïste. Quand on découvre un lieu magique, notre tendance naturelle est d'en faire part au plus grand nombre. On ne tarde pas alors à s'en mordre les doigts.

 

J'ai vécu cette expérience désagréable à plusieurs reprises, mes voyages m'ayant permis de découvrir des lieux enchanteurs que ma générosité de l'époque a vite fait de transformer en enfer. Je pense en particulier à une petite île du lagon de Mooréa en Polynésie et à quelques mouillages sensationnels que nous fréquentions en famille à bord de notre voilier. Mais peut-être aussi que cette quête de l'exclusif est due au besoin aujourd'hui totalement assumé de fuir la foule vantarde de mes compatriotes.

 

Si l'on veut rencontrer des français, rien de mieux que de vivre en France.

 

Il faut distinguer deux catégories essentielles dans l'art du #Voyage : le voyageur en rupture avec ce qui faisait de sa vie un quotidien routinier sans intérêt, et le voyageur improvisé, pas ou peu aguerri et qui découvre rapidement que cet art n'est pas pour tout le monde. Et c'est de cette deuxième catégorie que naissent tous les problèmes. Le voyageur amateur a un besoin irrépressible de se déplacer en bande, cela le rassure. Il vous dira qu'il a tout plaqué pour changer de vie, mais il croise les doigts pour que son existence ne soit tout de même pas trop éloignée de celle qu'il prétend quitter. On le retrouve dans les associations dédiées à sa cause, dans les soirées choucroute du bout du monde, dans les pique nique "camembert-coup-de-rouge" des plages tropicales.

 

J'avais déjà évoqué dans un article précédent ces lacunes nationales en matière d'adaptation. Le voyageur occasionnel est finalement victime de ses choix, transformera vite votre coin de paradis typique en un ghetto anachronique et culturellement insipide. Albufeira en Algarve, à l'origine petit village de pêcheurs tranquille et pittoresque est aujourd'hui une cité sans véritable identité. Les rues commerçantes sont occupées par des boutiques sans aucun lien avec le pays et la région. Il y a encore 3 ou 4 ans de cela, on entrait dans les boutiques avec la certitude de pouvoir progresser un peu en langue portugaise. Aujourd'hui le français et l'anglais ont littéralement envahi l'espace. Il faudra donc ne pas tarder à refaire les valises si l'on veut pouvoir vivre dans un lieu préservé de ces vagues gesticulantes et peu enclins à la culture locale.

 

Nous évoquons un phénomène de masse, un déferlement auquel nous n'étions pas préparés, une majorité de ces gens ne trouvant ici qu'un refuge fiscal. Heureusement, il y a aussi des passionnés, des gens vraiment motivés pour découvrir la richesse des pays dans lesquels ils ont choisi de vivre. Hier, alors que je promenais ma jument en bordure d'une petite route de campagne, typique celle-ci, loin du ramdam des croissants-café-crème et des conversations vénales et vantardes, j'ai entendu prononcer une phrase sensationnelle : "ici nous sommes vraiment heureux !". Il s'agissait de mon voisin, un français qui a fait le choix de s'installer à la campagne, dans l'Algarve typique et vraie. Finalement, on croise aussi des gens bien dans nos voyages. #Tourisme #Aventure