"Je n'ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c'est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson", a écrit Rebecca West.

 

Je fais littéralement corps avec cette phrase, car outre le comportement, dirons-nous, d'ordre privé, il y a une certaine image de la femme actuelle qui me choque beaucoup. On lui demande, en plus d'être séduisante, d'être toujours de bonne humeur, ne jamais être malade (avez-vous vu un film récent où l'héroïne ne se cache pas d'avoir de l'asthme ou des hémorroïdes ?), ne pas avoir trop d'humour (eh oui, l'humour gai, vert et gaulois est avant tout une vertu masculine), être aussi énergique au boulot, en famille ou au lit, bref... On nous a dit depuis 1968 qu'on pouvait avoir tout, qu'on devait avoir tout, et qu'on devait en être contentes, quelqu'en soit l'effort fourni !

 

Je pense que cela tient de l'utopie. Nous sommes tous, hommes comme #Femmes, avant tout des êtres humains, et forcément, on a tous nos failles et nos faiblesses. Et donc, nous devons faire des choix. Pour ma part, j'ai choisi de ne pas toujours être souriante, de ne pas me cacher quand je me mouche, de fumer comme un sapeur-pompier, de rire à pleines dents, et de pousser ma gueulante autant que je le veux. Je vous l'accorde, tout cela n'est pas très féminin. Et je dirais même que c'est probablement cet excès de testostérone qui me donne du poil aux pattes. Mais c'est aussi, et surtout cela, qui me fait adorer la photo illustrant cet article.

 

A l'instar d'Edvard Munch, qui a largement contribué à l'élaboration d'un de mes portraits, inspiré de son fameux "Cri", mais qui m'a aussi poussé à prendre mon clavier de suffragette, je me fous parfois d'être belle, mise en valeur, fatale à souhait... Il m'arrive de vouloir créer quelque chose de vrai, quelque chose d'authentique, avec ma propre image, et pas seulement rester une icône toute gentille et bien désirable. Quand j'ai reçu cette photo, j'ai eu l'impression d'avoir enfin réalisé quelque chose de bien, bien dans le sens où j'ai posé un acte concret, tant sur le fond que sur la forme. Bien sûr, je ne figurerai jamais dans "Elle", je ne poserai jamais pour aucun produit de luxe, je ne serai jamais une star.

 

Mais comme il sera bon de m'endormir ce soir en savourant l'idée qu'en tant que modèle, et ce grâce à un photographe génial de culture et de sensibilité, j'ai déchiré une certaine barrière, celle des préjugés sociaux contre lesquels je lutte depuis tant d'années !

  

Virginie Vanos, une femme moderne multicarte

Comment draguer un communiste ? #Réflexion métaphysique