Notre civilisation occidentale, fruit d'une histoire complexe et mouvementée, soigneusement modelée au fil des siècles, impose insidieusement à ses ouailles un modèle unique d'existence avant même que celle-ci ne débute. Cela consiste en premier lieu à rassurer les futurs parents sur la nécessité de procréer : primes et soutiens financiers pour les pays les plus prometteurs économiquement, raisons purement morales et patriotiques pour d'autres, influence exacerbée de la religion pour certains.

 

Et puis il y a l'éducation, cette litanie familiale qui passe de génération en génération, parole sainte de ceux qui ont en charge la transmission acquise de leurs parents qui l'ont eux-mêmes reçue de leurs ascendants. À mon époque, dans les années 70-80, les ambitions existentielles prédominantes étaient surtout axées sur une volonté de pourvoir à ses besoins matériels, et si possible d'aller au delà de l'indispensable. L'image de marque en dépendait. Obtenir un bon travail dans une entreprise pérenne signifiait s'assurer une sécurité et une rémunération garantie, donc l'assurance d'un bon départ dans la vie. J'ai testé pour vous : "fonctionnaire pendant un an et demi dans une administration dont je préfère taire le nom...". J'ai pris peur, je me suis enfui !

 

Le carcan se met en place dés l'attribution du numéro de sécurité sociale...

 

Fiché dès son premier cri, le citoyen entendra parler de liberté toute sa vie, sans se rendre compte qu'il ne la connaîtra jamais vraiment. Vivre vraiment libre dans notre monde est une gageure, une illusion, une utopie, mais aussi un leurre. À peine entrés dans la vie active, et ce parfois après avoir été obligés d'assurer le financement des études par un crédit contracté auprès des banques, les nouveaux piliers de la consommation se lancent dans l'acquisition d'un pavillon à l'aide d'un magnifique prêt d'une durée de remboursement de 25 années. On fait mieux comme départ dans la vie libre ! Ça y est, les pigeons sont dans la cage ! On leur laisse croire que la liberté c'est de se poser dans un siège "Conformama" en sirotant un "pastaga", tout en reluquant la clôture fraîchement acquise. On se sent bien à l'ombre d'un pavillon "bourremoilemoubernard" !

 

Si tout se passe bien, c'est à dire en évitant le #Chômage, la maladie, le divorce, les harcèlements du voisin dépressif, le camion qui rate son virage, le hold-up sanglant de la pharmacie du quartier, l'épidémie de grippe espagnole et le tremblement de terre force 10, à l'heure où les emprunts seront remboursés, il faudra entamer les travaux de rénovation de la maison familiale. Les crises de sciatique ne font pas dans la dentelle et votre dos vous lâche régulièrement. Vous êtes en train de prendre conscience que la vieillesse frappe à votre porte. Dans la petite vitrine du salon, vous avez entassé les souvenirs de quelques semaines de vacances péniblement arrachées à un emploi du temps routinier et insipide. Vous avez trimé comme un âne pour rembourser la banque et finalement vous avez oublié d'exister.

 

Encore une chance, la maison est belle...

 

Le quartier a changé. Le pavillon construit à l'origine au milieu d'un champ de pâquerettes a vu pousser des barres d'immeubles et des empilements de containers maritimes reconditionnés en "résidences écolo". Les manifestations envoient leurs relents de gaz lacrymogènes à l'heure de l'apéro et gâchent le coucher de soleil que l'on devine, au loin, masqué par un mur de panneaux solaires. Les gosses sont loin ; les nécessités de la vie les ont poussés à émigrer, recherchant le travail là où il se trouve. 

 

Depuis le lecteur CD dernier cri qui trône sur la console du salon, on entend un air de Johnny: "J'ai oublié de vivre...." #Finances #Démocratie