Dans la Préface à son Traité Théologico Politique, Spinoza expliquait que les hommes sont en proie si souvent à la peur, qu'ils finissent par croire que la nature délire avec eux. Partout ils voient des signes... ce qui les renvoie à leur propre impuissance.

 

Machiavel part du même constat. Les hommes croient en la fatalité et à la force du hasard. Dès lors, ils en oublient qu'ils ont un libre-arbitre et une volonté qui leur permettent d'agir. Ils préfèrent s'en remettre à ce que la tragédie nomme la fatalité. Tragique est leur paresse, pourrait-on dire. Ce refus de l'action pour changer le monde, comme si tout était écrit, a pour conséquence la négation du temps historique, le repli sur soi, le surgissement d'un individualisme qui considère que tout est joué, et que la sagesse serait de se tenir à l'écart.

 

Mais comme l'écrit Chrisippe, un des premiers stoïciens, une roue est faite pour se mouvoir et obéit en cela aux lois de sa nature. Si toutefois personne ne la met en route, elle ne roulera jamais. Elle suit ses déterminations jusqu'à un certain point, laissant place à la volonté humaine. La paresse appartient aussi à la nature humaine, laisse entendre Machiavel, en ne s'excluant pas de cette définition. Si on accepte cet état, on établit la puissance de la passivité humaine, préférant subir le monde extérieur et ses troubles que d'agir, autrement dit niant toute responsabilité. Le courage fait ainsi exception. Les hommes préfèrent tourner le dos à leur condition, qui, s'ils l'assumaient réellement, devrait leur permettre de construire leur liberté.

 

La liberté n'est pas donnée, c'est l'engagement dans le cours des événements qui la rend pensable. Ainsi faut-il comprendre que s'il est souvent difficile d'agir sur le cours des choses, à l'image de l'eau qui renverse la digue, et que de fait on ne peut plus arrêter dans sa destruction des paysages et des oeuvres humaines, la réflexion et la prévision sont propres à l'homme. Subir les événements dévastateurs est un choix de la volonté, et paradoxalement du libre-arbitre et donc de la liberté.

 

Si les hommes avaient mieux protégé la digue, elle aurait peut-être résisté. Les hommes confondent la nécessité et la contingence, c'est-à-dire cette association de la nécessité et de l'imprévu, ce qu'Epicure nomme "le clinamen", cet imprévisible qui bouscule l'ordre. Les hommes préfèrent qu'on leur prédise l'avenir, que de le prévoir en réfléchissant. Seul celui qui protège la digue est prudent, non au sens d'une prude retenue morale - la morale paralysant l'action - mais au sens du bon calcul des moyens pour parvenir à ses fins, à savoir la sûreté.

 

Machiavel nous donne là la définition de l'art politique. Si la fin justifie les moyens, ce ne saurait être n'importe laquelle. Le but du politique, c'est la sûreté. La #Loi inclinant la nature humaine à la paresse, il ne peut y avoir beaucoup d'hommes prudents : ce sera le Prince. Lui seul dispose de cette "vertu" politique qui est tout le contraire de la morale. Mais ce "hors morale" n'est pas un renoncement à l'éthique de la liberté humaine.

 

Bac philo 2016 : la politique est-elle l'affaire de tous?

Bac philo 2016 : Hannah Arendt pour comprendre le politique #Astrologie #Terrorisme