Travailler moins, c'est d'abord travailler moins en terme d'heures. Par conséquent, le moins renvoie à la quantité. Vivre mieux, au contraire, c'est la qualité qui est mise en avant. Ainsi, la diminution du temps de travail permettrait-elle d'améliorer qualitativement la vie ? Et on peut rajouter à la suite : de quelle vie s'agirait-il ? Mieux vivre pour certains, c'est ne pas mourir de faim tout simplement.

 

Le système économique qui est le nôtre repose sur un système salarial. A tant d'heures de travail correspond tel salaire. Dans cette logique arithmétique, diminuer les heures diminue d'autant le salaire. Il a toujours été dans la logique des propriétaires des biens de production de tirer profit des heures payées à titre de salaire. Marx appelle cela la plus-value. Comme il l'écrit, l'exploitation c'est faire travailler l'ouvrier plus pour un moindre coût. Dans cette perspective, le travail se définit comme aliénation et rejoint ainsi son étymologie, à savoir le "tripalium", cet instrument de torture qui permet aux chevaux d'avancer droit pour tracer le sillon. Travailler moins, dans un tel système, s'avère alors vital.

 

Comme l'a souvent montré la littérature, l'ouvrier sur la machine est mortifié par son travail qui ne l'intéresse pas. Il a le corps usé par ce mouvement mécanique qui est étranger à son organisme. L'aliénation, c'est devenir étranger à soi. La mécanisation de gestes et de tâches répétitives met à mort la vitalité du corps, et tue dans le même temps les facultés de l'esprit. L'imagination, la réflexion, la volonté se trouvent anéanties...

 

Faut-il alors travailler moins ? Vivre mieux suppose un comparatif : on dit "mieux que". De même que travailler moins : on dit là aussi "moins que". S'agit-il de vivre mieux que les autres, ceux qui travailleraient plus ? On voit surgir ici un souci individualiste et égoïste qui entretient les inégalités. Le raisonnement est simple : pourvu que je m'en sorte, moi ! Logique qui relève de la survie. Je vivrai mieux, oui, mais est-ce cela vivre bien ? Penser que la vie est mesurable à la lumière de la fatigue du voisin, avoir du temps qu'on dit "libre" pour consommer plus et manifester ostentatoirement que l'on vaut plus parce qu'on peut gaspiller son argent, c'est ne rien contester, c'est rester dans cette logique sociale de la concurrence, c'est prouver finalement son aliénation intériorisée.

 

Le problème, c'est ce comparatif. Rousseau montrait, dans son "Second Discours", que la source ultime des inégalités se trouvaient dans ce regard qui compare. La question n'est donc pas de vivre mieux, sorte de correctif qui ne sort pas de ce rapport d'exploitation et qui au contraire l'entretient. La réelle question est de vivre bien, en tant qu'être humain libre. Sortir du comparatif c'est aussi sortir du "plus" ou du "moins". Le problème ne consiste pas à travailler plus ou moins. Le travail, on l'a dit, modifie mon corps et mon esprit. C'est ce travail dont il faut alors corriger l'essence.

 

Hegel prenait une image pour exprimer cela. Que contemple l'enfant qui jette des galets dans l'eau ? Son oeuvre d'abord, parce que ce qu'il admire, c'est retrouver sa conscience dans ce qu'il a fait. Il se reconnaît dans ce travail. Il n'est pas étranger, pas aliéné, parce qu'il est l'auteur aussi, par voie de conséquence, de lui-même. Travailler, c'est d'abord se créer. En cela le travail rejoint celui de l'artiste qui donne des règles à l'#Art.

 

Vivre bien, c'est s'appartenir, se créer dans une mobilité essentielle à la vie. La qualité du travail en tant que source de mon émancipation, est la seule condition pour vivre bien, c'est-à-dire libre et en quête de l'accomplissement de soi.

 

 

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