Le 18 Novembre 2014 n'est pas une date entrée avec tambours et trompettes dans l'Histoire de France. Pourtant, c'est la date d'une victoire du camp des Réformistes contre les Has-beens, les réacs... La date de la quasi mise à mort du redoublement. Il était trop cher, ne résolvait pas les problèmes mais en générait, peut-être même qu'il participait au réchauffement climatique. Un syndicat, le SNALC, déposa un recours devant le Conseil d'État. En Avril 2016, il a été débouté. Mais cela n'a fait aucun bruit. La loi Travail mobilise les foules et l'attention des médias.

 

Que change ce décret ?

 

Essayons d'être clairs... Ce qui face à un décret revient parfois à résoudre un Rubik's cube avec les dents. Le redoublement n'existe plus. Il est remplacé par le maintien. Vaste blague sémantique sur laquelle nous ne nous appesantirons pas. Mais ce maintien n'est plus possible qu'à deux conditions :

 

- l'apprenant doit être en situation de rupture avec l'enseignement (absentéisme, décrochage)

ET

- les parents, ou l'élève majeur, doivent donner leur accord.

 

Voilà qui rend déjà la chose aussi probable que la victoire de l'équipe de San Marin lors d'un Euro de football. Mais comme on n'est jamais trop prudent, il faut ajouter une condition bien contraignante, mais sans être explicite, afin que les interprétations puissent donner lieu à des blocages et des obstacles insurmontables : en cas de redoublement, l'institution devra mettre en place les dispositifs nécessaires pour assurer la réussite de ce maintien...

 

Que l'on mette fin au redoublement, pourquoi pas ? Peut-être parce qu'on ne met rien à la place ? Pas même des réorientations ! Peut-être parce que cela vient en parallèle à une réforme déjà jugée nuisible par la majorité du corps enseignant ? Quoi qu'il en soit, les enseignants souvent mal informés découvrent, en ce troisième trimestre, que la case redoublement n'existe plus, ni du côté de la fiche navette, ni de celui des parents.

 

Incrédules, ils viennent nous demander : mais un élève de seconde qui a 3 partout ? Nous leur expliquons qu'il va falloir lui trouver une classe de première. Car même si les parents souhaitent faire redoubler leur chérubin, il leur faudra : un entretien avec le chef d'établissement, un passage devant la commission d'appel, un refus de la décision de toutes les instances... Bref, un parcours du combattant. Nos collègues parfois s'insurgent : "Mais ça va devenir n'importe quoi !". Disons simplement que ceux de nos élèves qui ont tendance à ne faire que le strict minimum, ou n'aiment pas l'école, vont vite comprendre qu'ils avancent quoi qu'il advienne.

 

En réalité, pour comprendre cette mesure, il faut penser comme le Réformiste. Il faut quitter sa peau d'enseignant qui se plaint tout le temps et traverser le miroir. Qu'est-ce qu'un élève pour une personne chargée des programmes ou des grandes réflexions sur l'#Education Nationale ? C'est une personne mature, responsable, qui aime apprendre, qui spontanément dans un travail de groupe va travailler sans parler d'autre chose avec ses camarades, qui, lorsqu'il rentre chez lui, va faire des recherches sur son ordinateur pour approfondir ce qu'il a appris, qui, lorsqu'il est en classe comprend les mécanismes cognitifs de chaque activité et qui, au final, sait à quoi sert l'#Ecole.

 

Il est évident que face à un tel élève, le redoublement est une vraie perte de temps. Il suffit de revenir avec lui sur quelques méthodes, lui faire acquérir quelques compétences qu'il aura moins bien intégrées, et le tour sera joué. Bienvenue dans un monde où tout est doux, beau, où des petits ours de couleurs vous font des bisous...

 

A lire : Le Bac, on te le file, pourquoi le passer ?

Les écoles d'art ou le risque d'uniformisation des compétences individuelles