J’ai récemment relu «Rive Dangereuse», de Christine Chaufour Verheyen. A sa parution en 1998, je l’avais lu comme une sublimation du mythe grec des Labdacides. Mais plus j’avance en âge, plus je suis sensible aux nuances de ce livre fascinant.

 

Je me suis arrêtée sur une page où plusieurs personnages philosophaient autour de la question : "Quelle valeur tombée en désuétude déplorez-vous?". Pour ma part, je regrette tout autant les 5 réponses proposées. J’ai tenté d’affiner mes idées trop radicales, en soumettant ce quintuple questionnement à mon ami Wolf, plus psychologue et philosophe que moi.

 

Le courage ?

Le courage consiste à surmonter ses craintes. Or, tragiquement, tout est fait aujourd’hui pour nous éviter la peur, donc le courage. On rationalise tout pour diminuer tant que possible l’incertitude. On nous fait croire que les seuls êtres courageux sont des fous qui affrontent les 8 plus hauts sommets du monde mais que les gens "normaux" n’ont qu’à rester tranquillement à faire ce qu’on leur dit. Le chevalier qui pourfendait un dragon pour plaire à sa belle ne connaissait que son épée. Il était plus courageux que le navigateur d’aujourd’hui, car beaucoup d'incertitudes que le second aurait dû affronter sont levées grâce aux technologies dont il dispose. Mais surtout car il part par  passion, non par honneur ou conscience.

 

Le courage consiste à affronter la peur provoquée par l’inconnu en nous-même, afin de trouver le vrai sens que nous voulons donner à notre vie et ce qui nous empêcherait de le faire. Or, c'est proscrit par la pensée ambiante et l'assistance permanente dans lesquelles nous sommes plongés.

 

L’honnêteté ?

Je préfère parler d’intégrité. Il me semble presque impossible aujourd’hui de rester intègre quand on voit les exemples donnés, ces personnalités publiques qui font l’inverse de ce qu’ils disent, l’exemple le plus récent ayant été fourni par Johnson lors du #Brexit. Lors de l’affaire du sang contaminé, une ministre s’était rendue célèbre en se déclarant "responsable mais pas coupable". On aurait dit un canard sans tête, le corps gesticulant d’un côté et la tête inerte de l’autre, à la fois glorieusement responsable et piteusement inapte à assumer. Les gens sont fiers de se dire responsables mais ne veulent pas assumer les conséquences que leurs prétendues responsabilités leur ont commandés.

 

Le savoir-vivre ?

Cette perte n’est pas la plus tragique mais la plus pathétique. Le savoir-vivre est, avec l’intelligence rationnelle ou le développement du pré-cortex frontal, ce qui nous différencie des bêtes. Chez l’homme, c'est une exacerbation et une élévation de la politesse, rendue possible par notre intelligence. Quand nous oublions le respect des règles simples de bienséance, nous nous rabaissons au rang d"inhumains".

 

Le respect ?

Le respect se perd car avec le développement de la globalisation, nous croyons tout savoir alors que nous ne connaissons toujours rien. Le fait que nous connaissons superficiellement la plupart des choses nous leurre et nous fait prétendre les respecter alors que nous ne faisons que les tolérer.

 

La fidélité ?

La fidélité va avec le courage, l’honnêteté l’intégrité et le respect ! C’est être responsable de ses actes et respecter la parole donnée.

 

Toutes ces valeurs tombant en désuétude en même temps n’est pas pur hasard dans un monde où penser par soi-même est suspect, où ne règnent que le succès et l’argent et où tout écart à la pensée conventionnelle est considéré comme subversif et dangereux. Alors, ces valeurs disparaissent, que ce soit l’amour, la liberté ou la justice car les gens ne raisonnent plus hors de la pensée lyophilisée qu'on leur sert au quotidien. Ils ne savent plus ce qu’ils font… Ils ont oublié Socrate : "Connais-toi toi-même et tu connaitras les Dieux".

 

Réflexion féministe : être femme en 2016

Comment penser la République et la Démocratie de nos jours en France ? #Education #Société