Sur son site officiel, Michael Moore donne Donald Trump élu président des États-Unis en novembre prochain. Avec sa faconde habituelle, et fort de sa juste prédiction que Trump emporterait les primaires républicaines, le cinéaste décline cinq raisons qui rendraient la victoire du concurrent d’Hillary Clinton inéluctable.

Il met en avant l’effet « Brexit » qui jouera dans les quatre États des Grands Lacs autrefois favorables aux Républicains mais qui, tout comme le nord de l’Angleterre, se sont désindustrialisés du fait de la mondialisation et de l’accord de libre-échange avec le Mexique et le Canada. Effectivement, les derniers sondages nationaux le confirment. Soit Trump devance Hillary Clinton de trois points (CNN), soit les deux prétendants sont au coude-à-coude (CBS). L’électorat de l’Upper Midwest se montre par ailleurs sensible aux arguments protectionnistes de Trump. Mais, plus important, élire Trump correspond à un vote protestataire, revanchard : « vous n’avez pas besoin d’être d’accord avec lui, vous n’avez même pas à l’aimer, mais c’est votre cocktail Molotov… ».

Donald Trump peut profiter du manque de mobilisation citoyenne

L’effet « grand remplacement » influera : le « mâle blanc fragilisé » ne votera pas pour une femme, il adhère à la dénonciation de Trump des « FemiNazies », et craint qu’une victoire démocrate n’entraîne une domination féminine, mais aussi homosexuelle et transgenre à la Maison Blanche.

L’effet « maillon faible » jouera : Hillary est « immensément impopulaire », versatile, et « le résultat de l’élection ne tient qu’à une chose : qui parvient le mieux à tirer les gens hors de chez eux et à les attirer dans l’isoloir ». Précédemment, Moore avait considéré que le seul facteur susceptible de barrer la route à Trump serait un sursaut des abstentionnistes, des électrices, de l’électorat des minorités (Afro-Américains, Américano-Mexicains) et des jeunes… Ils forment en réalité, selon lui, une très forte majorité, et auraient pu se prononcer plus volontiers pour Bernie Sanders.

L’effet « espoir déçu » (du retrait de Sanders) sera particulièrement sensible dans l’électorat jeune et selon Moore, Clinton aurait dû choisir non pas un fade politicien, mais une vice-présidente. Son « ticket » avec le sénateur Tim Kaine (et non la sénatrice Elizabeth Warren), catholique traditionnel, laisse penser qu’elle se prêtera à des compromis, voire des volte-face.

L’effet « Jesse Ventura » peut aussi prédominer. Cet ancien catcheur et piètre acteur fut élu gouverneur du Minnesota à la surprise générale. Il est depuis animateur de radio. Voter pour lui, dans l’isoloir, c’était faire preuve « d’humour noir », de rejet du « système politicien » et « c’est ce qui se passera avec Trump », selon Michael Moore.

Moore s’était prononcé pour Sanders et votera résolument pour Clinton. Il conclut son analyse en promettant, pour son prochain billet, d’examiner « le talon d’Achille de Trump » et d’indiquer les raisons d’espérer encore sa défaite.

Sarkozy et Marine Le Pen ont un source d'inspiration avec Trump

Mais effectivement, l’exemple de Donald Trump ou de Boris Johnson, voire de Rodrigo Duterte (le nouveau président philippin) et ce qu’expose Moore peuvent inciter des candidats, dans divers pays, à s’inspirer des mêmes recettes : promesses économiques intenables, coups de menton à la Mussolini pour garantir que l’ordre prévaudra et formules à l’emporte-pièce. C’est ce qui avait réussi à un Sarkozy avide d’un retour sur scène dans un Élysée II, c’est sur ce quoi mise Marine Le Pen qui prône un pouvoir fort et des contrôles aux frontières. Encore un effort pour égaler, voire surpasser Trump qui veut désormais filtrer les touristes français aux États-Unis avec la plus extrême sévérité. Pour celui (et celles et ceux) pour qui le show must go on, le modèle Trump, décrit par le journaliste québécois Claude Villeneuve, fait école : « une rhétorique à la Poutine, un non verbal à la Mussolini, une durée interminable à la Castro ».  #Démocratie #Etats-Unis #Nicolas Sarkozy