Un de mes slogans préférés de mai 68 était «Soyez réalistes, demandez l’impossible». Bien que je n’aie pas connu cette époque, n’étant pas encore née, il me semble que nous avons opéré un changement à 180 degrés en moins de 50 ans.

 

De nos jours, qu’entendons-nous quand nous faisons part aux autres de nos rêves les plus fous ? Au choix, il y a, en guise de réponse : «N’importe quoi… Tu n’y arriveras jamais.», «Lâche prise, laisse tomber, tu gaspilles ton énergie pour rien». En effet, les utopies, des plus démentes aux plus constructives, initiées lors des décennies passées, ont tout doucement, presque imperceptiblement, balancé dans le camp adverse, celui du fatalisme. Au lieu de vouloir changer le monde, on s’y adapte, même s’il nous en coûte les ambitions que nous nourrissions depuis toujours. Alors que nous sommes extrêmement bien préparés à affronter les échecs, notre éducation ne nous a guère conditionnés à admettre l’éventualité d’une réussite flamboyante.

 

De manière générale, nous savons qu’un mariage sur trois a toutes les chances de finir en divorce, que le monde de l’emploi est un Monopoly géant où l’on passe souvent par la case chômage, et que nous devons admettre que face à la politique, les médias et les banques, nous ne sommes pas grand-chose. Nous savons que nous avons le droit de nous exprimer… Mais qui a conscience que personne n’écoute le citoyen lambda ?

 

N’avez-vous jamais pensé à la façon dont vous réagiriez si vous perdiez un emploi dit «alimentaire» et que, trois mois plus tard, vous trouviez un bien meilleur job, rémunéré à votre juste valeur ? Avez-vous déjà imaginé que votre rêve de passer une année sabbatique à l’autre bout du monde pourrait se concrétiser sans heurter votre famille ni causer le moindre dommage à vos perspectives d’avenir et à votre portefeuille ? Et si vous pensiez que votre récent divorce n’est pas la fin de tout, mais plutôt le début d’une nouvelle vie, sinon la voie royale vers votre plus grande histoire d’amour ?

 

Plus fort encore, quelle serait votre attitude, si subitement, vous gagniez une énorme somme à la loterie ? Ou que vous remportiez un tournoi du grand Chelem ? Ou encore que votre premier amour, perdu de vue depuis 20 ans, fasse sa réapparition dans votre vie et que vous finissiez ensemble vos jours, éperdus de joie et de bonheur partagés ? Permettez-moi d’en douter... Nous sommes tous plus ou moins aptes à gérer la frustration, les rêves abandonnées, à rebondir après un échec… Bref, à lâcher prise devant tout obstacle se dressant entre notre vision du bonheur et à admettre une situation de confort qui nous satisfait sans nous rendre heureux. Qui donc oserait dire «Non, je ne cesserai jamais d’espérer et de mettre tout en œuvre pour réaliser ce que je veux, quitte à tout remettre en question et prendre des risques ! Je ne doute pas que 99 % des gens me trouvent insensé, voire bêtement utopiste…» ?

 

Laissez-moi vous conseiller d’écouter (ou de ré-écouter…) la comédie musicale «Hair ». Non pas les reprises modernes mais bien la version originale. Cela ne vous donne pas envie de réaliser vos rêves et de tendre vers un monde meilleur ?

 

ROSE, TATIANA DE ROSNAY, ÉDITIONS EHO & LE LIVRE DE POCHE

LA PEUR DE L'ÉCHEC, LA PEUR DE LA RÉUSSITE : COMMENT SE DÉBARRASSER DE TOUT ÇA ? #Jeunesse #Bien-être #Société