Je range la maison. Je mets de côté des livres. On me dit d’aller les donner au service social. Cela semble logique. Mais parfois... Non, me dit la préposée à l’accueil. Ici c’est non. Pourquoi ? On me met dehors. Elle a autre chose à faire. Les livres cela encombre. Je m’énerve. Puisque c’est ainsi, je les mets sur la chaussée. Non, me dit une seconde hôtesse d’accueil préposée au sourire. Et puis dégagez ! Débrouillez-vous avec votre caddie… Je ne vais pas me casser le dos, rajoute-t-elle…ni la tête lui dis-je !

 

Je continue ? On ne tire pas sur une ambulance paraît-il. Pauvres enfants d’Aubervilliers le nez dans la misère. Mais un pauvre n’est pas toujours gentil. Il a acquis la règle de survie de la rue. Les pleurs il vous les laisse. Le service social a ses limites aussi... Social veut dire pauvre... Ils sont où les autres ? Pauvres nuances.

 

Il y a les activistes, ceux qui font vivre la ville. Disent-ils. Je ne vais pas me faire des amis. Tant qu’il y a des pauvres, il y a des activistes. S’ils disparaissaient, la charité prendrait un drôle de visage. Et il y a les cultureux – je les appelle ainsi. Hommes et femmes de goût, de bon goût, qui au moins ici peuvent se distinguer. Les liens qui font ce récit ce  sont ces fils des mots du texte, mots perdus ou jetés là sans qu’on sache trop pourquoi… le fil qu’Ariane jeta à Icare, par amour et pour sa perte, le relia à sa mort.

 

Je ne suis que récit, au risque de me perdre aussi au terme de l’invention du récit… Mais Icare créa des ailes et son destin. Moi je crée du texte et entrelace ce qui semble décousu. Le passé, mon passé, c’est le présent de ces entrelacs. Mon origine c’est ce nom, Aubervilliers. J’y suis attachée comme mon père, mon grand-père, ma grand-mère, mon oncle, ma tante.

 

Aujourd’hui j’y suis encore. La dernière. J’y fleuris les tombes où gisent ces mots : à mon père, à ma mère, à ma grand-mère, à mon grand-père. Mon père est loin. Il est dans le Finistère, loin de l’origine. Moi je vais partir. Je ne raconte pas une fresque familiale. Je ne construis aucune mémoire. Je m’intéresse aux mots qui cernent et s’échappent. 

 

Regard sur La ville

Il s’agira de mon regard, celui d’une philosophe et d’une artiste. Je me promène, loin de toute grille d’interprétation. Je parle et écoute des passants, j’observe les rues, les monuments, j’interroge les silences. Donner la parole aux habitants pour commencer…ne pas réduire les propos aux facilités de ses propres partis-pris…concevoir la contradiction comme interne à la pensée. Rien n’est noir ou blanc, ce serait trop facile.

 

La ville,  lieu de tous les échanges, espace délimité et ouvert, temps rapide suspendu bien souvent à l’attente, la ville est le lieu de tous les imaginaires. Il suffit d’écouter ces lieux cinématographiques, littéraires, qui en parlent. Les ombres y effraient, on fuit les coins et recoins. Parfois les rues sont vides. On ne sait ce qui va surgir. Les lumières de la ville enchantent. Main basse sur la ville. Rome ville ouverte. Metropolis.

 

Les murs de la ville, la banlieue

Tout un imaginaire défile derrière ces mots. C’est ces images filées et filantes qui me retiennent pour comprendre le sens de ce paysage à la mesure de l’humain. Je me promène dans la ville, je m’y perds, m’égare, me gare. Tous les chemins mènent à Rome…Je les emprunte pour la trouver…Il n’y a pas qu’une méthode, il n’y a pas qu’un chemin.

 

La ville est rencontre. La ville est entrelacs de rues et de ruelles, de regards, de paroles, de silences. La ville est humaine avec ses errants, ses marges, ses oubliés… Je n’écris pas une thèse. Juste un regard, le mien à la recherche de l’imaginaire de ces habitants qui ne sont rien d’autres que la ville elle-même. J’entrelace leurs propos et je cherche le sens du politique dans cette ville... Aubervilliers

 

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