Europe 1 (et son site) a décidé de ne plus divulguer les patronymes et les photos des terroristes. Qu’à cela ne tienne, ils s’en chargèrent eux-mêmes, à titre posthume, par l’intermédiaire des médias de #Daesh. L’agence Amaq a donc diffusé une vidéo montrant Abou Omar (Abdel Malik Petitjean) et Abou Jalil al-Hanafi (Adel Kermiche) baragouinant en mauvais arabe une profession d’appartenance au califat et de foi en la personne d’Abou Bakr al-Baghdadi "pour le meilleur et le pire". Adel Kermiche lit une sorte d’allocution et les deux égorgeurs concluent en pointant l’index au ciel… Il n’est pas indiqué quand ni où cette mise en scène a été tournée.

 

Tous deux se campent en guerriers résolus… Il est présumé que Kermiche ait été recruté par un converti, Maxime Hauchard, qui avait fréquenté la mosquée de Saint-Étienne-du-Rouvray avant de partir en Syrie où il s’est "illustré" en exécutant un otage, Peter Kassig, qui se trouvait dans le pays en mission humanitaire. Il peut être présumé que Kermiche ait pu à son tour recruter Petitjean, via des sites ou des réseaux sociaux. La seconde de leurs victimes, qui a survécu, grièvement blessé, en faisant le mort, avait été forcé par les deux "Abou" de filmer l’égorgement du père Jacques Hamel.

 

L’agence a aussi diffusé une vidéo de Mohammed Riyad, qui avait exécuté à la hache des passagers d’un train de banlieue à Würzburg (Bavière). Il s’agit d’un Afghan de 17 ans qui s’est attaqué au hasard à des usagers, dont plusieurs étaient originaires de Hong-Kong. Lui aussi fut considéré "bien intégré" car il ne trahissait pas de signes de radicalisation. En fait, peu importe l'âge, le sexe, la provenance, ni même la religion des victimes (très souvent – voire surtout – aussi musulmanes), tuer pour tuer, pour faire parler de soi, devient une finalité se passant de toute justification.

 

Le califat avait par avance justifié les attentats visant clergé et églises en se référant à un écrit d’Ibn al-Hazm al-Andallussi, un Cordouan (†1064) de rite zahirite, descendant de chrétiens convertis, qui prônait "le respect total du texte" (du coran).  Ce qui ne l’empêcha pas de gloser à sa guise en énonçant qu’il est autorisé "de tuer tous ceux (…) parmi les idolâtres combattants ou non combattants tels le commerçant, le domestique, le vieillard donnant son avis ou non, l’agriculteur, l’évêque, le prêtre, le moine, l’aveugle, l’infirme. N’épargne personne". (in Al-Muhalla Bil-Athaar). Par "prêtre", il faut aussi entendre imam ou prêcheur musulman d'une autre obédience que la sienne...

 

Le problème fondamental des imams, français, européens, et partout dans le monde, est que leur autorité est de fait nulle. Même l’université (théologique) du Caire n’est qu’une référence parmi d’autres. Tout musulman peut adhérer ou non à une fatwa, réfuter l’autorité de qui l’émet. Les écrits de divers érudits sont mis à contribution pour décréter que mener le djihad sans l'aval d'une autorité religieuse est tout à fait licite (ainsi ceux d’al-Adhrai, al-Balqini, etc...). Tout volontaire peut donc tuer à son gré, qu’il prête ou non serment d’allégeance à quelconque mortel : il suffit de se proclamer fidèle au prophète et à son présumé "créateur". L’islam se prête à d’infinies interprétations contradictoires et l’interdit de représentation des êtres animés (voire d’en contempler reproduits) est allègrement contredit par les plus fondamentalistes… à des fins de propagande.

 

Mais on peut se demander si les mises en scène de Daesh et de ses sectateurs ne finiront pas par remplir le rôle de contre-propagande. Cet oiseux débat, forcément non conclusivus, conclusif, qui semble diviser la presse française, est de même nature irrationnelle que l’interdit musulman ou la disputation sur le sexe des anges… Lesquels, selon les divers islams, ne sauraient pénétrer dans une demeure ou figurerait la photo de quiconque, fusse-t-elle celle d'un "martyr" ou d'un autre, qui pourrait devenir idolâtré. Le charlatanisme de Daesh s'en accommode si bien. #Terrorisme