L’assassinat perpétré sur la personne d’un prêtre près de Rouen a amplifié le débat sur le rôle civilisateur ou néfaste et belliqueux des religions monothéistes. Cette très ancienne "disputation" se double d’une remise en cause de la validité des textes qui les fondent. Ainsi, Majid Oukacha, auteur d'Il était une fois l'Islam (éd. Tatamis), pointe "la caducité des textes sacrés islamiques" et leurs multiples "absurdités scientifiques".Pour résumer, il qualifie l’islam de "charlatanisme". Bien d’autres ouvrages du même type, relevant de l’exégèse, mais dus surtout à des polémistes proches de l’extrême-droite flirtant avec les catholiques traditionalistes, abondent désormais sur le marché. Plus rares sont les ouvrages visant les fondamentaux du christianisme. Certes, plusieurs, récents, tentent d’établir que Jésus-Christ n’ait jamais existé (ou qu’il soit un personnage composite, inspiré par divers prophètes). Mais le philologue américain Joseph Atwill va plus loin avec son Caesar’s Messiah – The Roman Conspiracy to Invent Jesus (éd. Flavian Signature) qui reparaît en version révisée et augmentée. Selon sa thèse, le christianisme aurait surtout été "un système de contrôle des esprits pour que des esclaves croient qu’un dieu ait décidé leur esclavage".

 

Les occupants romains de la Palestine se seraient trouvés confrontés à l’émergence annoncée d’une sorte de mahdi (prophète et guerrier cumulant les fonctions du sultan et du calife dans l’islam) israélite et se seraient livrés à une ambitieuse et subtile contre-propagande. Soit l’invention d’un messie pacifiste prônant de tendre la joue gauche à qui vous frappe la droite et de rendre à César ce qui lui revient (soit de cesser la grève des impôts). Le coordinateur aurait été Flavius Josèphe, un érudit de Judée, esclave romain affranchi, auteur de La Guerre des Juifs. Il avait étudié de près les doctrines de diverses sectes israélites (pharisiens, saducéens, esséniens…) concurrentes de celle des hasmonéens dont il fut un membre du clergé. Pour Atwill, la chronologie des faits relatés dans les évangiles d’inspiration romaine correspond aux tribulations de Flavius Josèphe. On relèvera cependant que les évangiles coptes allongent considérablement le séjour de Jésus et des siens en Égypte, notamment dans des localités devenues des lieux de pèlerinages.

 

Atwill est très controversé, tant par des écrivains chrétiens qu’athées, qui le tiennent pour un auteur un peu inspiré qu’un Umberto Eco (Le Pendule de Foucault) ou un Dan Brown (Da Vinci Code). Les divers évangiles, selon lui, ne seraient pas que l’œuvre de Flavius Josèphe, mais le travail aurait été réparti entre divers érudits israélites ralliés à l’empire romain. En fonction des lieux de diffusion, des variantes plus accessibles aux populations auraient introduit des divergences, voire des contradictions. Une quarantaine d’évangiles ont circulé, notamment dans le monde arabe qui comprenait, au temps du prophète musulman Mohammed, diverses communautés judéochrétiennes et judéonazaréennes dont l’une aurait pu reprendre son profit le procédé pour obtenir la protection du clan de Mohammed.

 

Précédemment, un autre auteur, Abelard Reuchlin, avait attribué l’invention du christianisme a une lignée romaine particulière, celle des Calpurnii Piso (ou Pison), dont l’un des descendants, un sénateur, aurait obtenu l’aide de Sénèque pour élaborer une nouvelle #Religion à la seule intention des israélites devenus nombreux à Rome. Néron les força à se suicider après une tentative de putsch mais l’un des fils, Piso, fut ensuite nommé gouverneur de la Syrie et de la Judée. Nombre de convertis ayant été affranchis se seraient ensuite opposés aux pouvoirs romains (d'où répression, martyres). Ces hypothèses – pour le moins hasardeuses – ont au moins le mérite de démontrer qu’il est très difficile de les réfuter sans se poser de réelles questions sur la genèse des religions (à moins, bien sûr, de n’opposer que des arguments de seule conviction religieuse). #Histoire #Daesh